D'après une étude française

Un surrisque de cancer après un diabète gestationnel

Par
Pr Serge Halimi -
Publié le 30/04/2019
K pancréas

K pancréas
Crédit photo : CNRI/SPL/PHANIE

On connaît le très mauvais pronostic du cancer du pancréas. C'est le cancer qui présente le plus fort taux de mortalité connu aujourd'hui. On sait aussi qu'il existe une relation avec les diabètes (risque relatif autour de 2). En revanche, la relation entre diabète gestationnel (DG) et cancer du pancréas n'a été étudiée que dans deux études israéliennes, retrouvant un risque relatif à 7 (IC95 [2,8 – 18,0]). Mais ces études, publiées en 2007, présentent de réelles limites méthodologiques.

Une étude nationale en population

L'objectif de ce travail basé sur les données du PMSI (1) est d'étudier la relation entre diabète gestationnel et risque de cancer du pancréas dans les huit ans après l'accouchement.

Cette étude nationale, en population, a inclus les femmes ayant accouché en France entre 2007 et 2009. Ont été exclues les femmes ayant un antécédent d'hospitalisation mentionnant un cancer du pancréas, ou en ayant un dans les deux ans suivant la grossesse, ainsi que celles ayant déjà un diabète au moment de la grossesse.

De 2007 à 2009, 2 184 574 femmes furent incluses. Parmi elles, 104 663 (4,79 %) avaient un diabète gestationnel, 217 (0,01 %) ont eu une hospitalisation faisant mention d'un cancer du pancréas et 12 473 (0,57 %) un diabète ultérieur au cours du suivi. Le modèle de régression logistique et le modèle de Cox ont montré que le diabète gestationnel augmentait significativement le risque de cancer du pancréas avec, un odd ratio ajusté à 2,00 (IC95 [1,30 – 3,06]) et un HR à 1,75 (IC95 [1,06 – 2,86]).

Questions de délai

Certes, on sait qu'une relation entre diabètes et cancer du pancréas est bien établie. Mais le débat tourne depuis quelques années autour de la nature de ces relations. En effet, la succession des évènements semble être parfois : « diabète, puis cancer du pancréas bien des années plus tard » ; ou bien, à l'inverse : « cancer du pancréas révélé par un diabète, avec un délai variable »… très court, ou de quelques semaines, ou encore de quelques années (2 à 4) avant que le cancer ne soit diagnostiqué.

On sait aussi que le carcinome pancréatique entraîne la production de substances qui déséquilibrent le métabolisme des glucides ; la résection de la tumeur amène à normaliser les glycémies.

Dans l'étude israélienne, le délai entre DG et cancer était de 14 à 35 années. Ici, en revanche, ce délai de 8 années est plus court – les femmes sont sûrement encore très jeunes au moment de la révélation du cancer. En somme, la question que je crois devoir être posée est de savoir si ces DG n'étaient pas déjà le signe très avant-coureur d'un cancer du pancréas sous-jacent. Les auteurs n'en sont qu'au stade d'un abstract dans une revue d'épidémiologie et n'ont donc pas évoqué la chose.

Professeur émérite, université Grenoble-Alpes  
(1) Simon J, Goueslard K, Petit JM, et al. Collaboration entre des équipes du CHU de Dijon, Dijon et Centre de recherche Inserm U1018, Villejuif, France, et le Registre des cancers du sein et gynécologiques de Côte-d’Or, Dijon, France. Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique 2019;67(2):S74.
Abstract du XXXII e Congrès national Emois, Nancy, 14 et 15 mars 2019https://doi.org/10.1016/j.respe.2019.01.011

Pr Serge Halimi

Source : lequotidiendumedecin.fr