Difficile rentrée pour la médecine scolaire

Un métier en voie d'extinction ?

Publié le 13/09/2004
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LES MÉDECINS SCOLAIRES obtiendront-ils ce qu'ils réclament depuis de nombreuses années, la création de postes de médecins titulaires ? « Difficile de faire pire que l'an passé où aucun poste n'a été créé », commente le Dr Dominique Mothes, secrétaire nationale du Syndicat national des médecins scolaires et universitaires (Snmsu). Si la rentrée des enseignants a donné lieu à un satisfecit du ministère de l'Éducation nationale, celle des médecins scolaires s'est déroulée dans la plus grande discrétion. Les médecins scolaires - ou plutôt les médecins de l'Éducation nationale, comme on doit les appeler depuis que ce ministère les a repris sous sa coupe en 1991 - ont pourtant beaucoup à dire. Après s'être opposés pendant deux ans à leur transfert aux départements, prévu par le projet de loi de décentralisation, leurs syndicats semblent repartis dans leur lutte éternelle pour obtenir davantage de moyens. Pour le Dr Marie-Blandine Basalo, secrétaire du Syndicat national autonome des médecins de santé publique de l'Éducation nationale (Snamspen), le constat est dramatique : « Nous n'avons pas de plan de recrutement, de plus en plus de médecins sont à temps partiel et les candidats aux postes de vacataires ne se pressent pas au portillon. »

1 300 médecins, 12 millions d'enfants.
Selon les derniers chiffres du ministère de l'Éducation nationale, la France compte 1 343 médecins scolaires titulaires - dont 120 médecins conseillers techniques auprès des recteurs d'académie - pour plus de douze millions d'enfants scolarisés. L'année dernière, les crédits auraient dû permettre le recrutement de 780 vacataires à temps plein « mais tous les crédits n'ont pu être utilisés faute de candidat », indique le Dr Basalo. Le Dr Marie-Lise Testau, secrétaire générale du SMedEN-FO (Syndicat des médecins de l'Education nationale-Force ouvrière) s'inquiète de la difficile répartition des secteurs entre les médecins scolaires titulaires et vacataires à l'occasion de la rentrée scolaire. « De plus en plus de zones ne sont pas pourvues en médecins scolaires car les vacataires partent et ne sont pas remplacés », explique-t-elle.
Qui sont donc ces médecins vacataires ? En très grande majorité, ce sont des femmes, de jeunes médecins qui ne peuvent ou ne veulent pas franchir le pas de l'installation ou qui souhaitent concilier vie professionnelle et familiale. « Il y a aussi beaucoup de médecins retraités, qui ont pris leur Mica et recherchent des postes à mi-temps pour compléter leurs revenus », explique le Dr Mothes. La précarité de leur statut, leur très basse rémunération - 16,36 euros bruts de l'heure - et l'absence de garantie quant à la reconduction de leur contrat les poussent à rechercher une meilleure affectation. Cette fuite des cerveaux contraint les rectorats à recourir aux petites annonces pour dénicher les perles rares. « Beaucoup de demandes paraissent entre juin et septembre », observe-t-on au service des petites annonces du « Quotidien du Médecin ». Un médecin conseiller technique auprès d'un recteur a vu la situation se dégrader depuis sa prise de fonction il y a quinze ans : « Dans mon département, il y a plus de vacataires que de titulaires et je n'arrive plus à me souvenir quand le dernier poste à été créé. »

Les priorités des priorités.
« Dans certaines académies, les médecins sont contraints de se réunir pour définir les priorités des priorités car il leur est impossible de remplir toutes leurs missions », ajoute le Dr Testau. Des missions qui n'ont eu de cesse de varier au gré des réformes. Les médecins de l'Éducation nationale sont aussi bien chargés des actions de prévention et de promotion de santé que de l'évaluation des signes de maltraitance et de leur signalement à la justice, de l'intégration des enfants malades et handicapés, ou encore des visites médicales et des bilans de santé obligatoires (à 6 ans, en CM2, et en 3e pour les élèves qui s'orientent vers les lycées professionnels). En mal de reconnaissance, la profession a très mal vécu une récente annonce du ministère de la Famille de faire réaliser un bilan de santé en classe de 5e par des médecins libéraux. Coût de l'opération : 15 millions d'euros. « Nos gouvernants marchent sur la tête. On cherche à réduire le déficit de l'assurance-maladie et on oublie qu'il existe un service public de médecine gratuite et directement accessible à tous les enfants et adolescents scolarisés », commente le Dr Basalo.
Aujourd'hui, un médecin scolaire surveille bien plus que 5 000 élèves, objectif fixé par le ministère. Le Dr Testau demande « des mesures exceptionnelles de recrutement pour cette rentrée afin que certains secteurs ne soient pas laissés découverts comme c'est le cas dans le nord de la France ou en région parisienne ». Les médecins scolaires se disent également dans l'attente d'un plan d'urgence pour faire face à l'hémorragie démographique qui les guette dans les prochaines années : « La moitié des médecins scolaires ont plus de 50 ans, il faut faire quelque chose, on ne peut plus se contenter de saupoudrages », insiste le Dr Basalo. D'autant que de l'avis général, le budget de l'Éducation nationale s'annonce très sévère pour 2005 et la médecine scolaire craint d'en faire une nouvelle fois les frais. « Notre ministère n'est pas un bon employeur. Il nous a certes sauvés de la disparition et nous a donné un statut mais cela s'est doublé d'une aliénation de nos compétences et d'une surcharge de taches administratives qui compliquent notre travail. Combien de temps cette situation va-t-elle durer? », demande une syndicaliste.

Voir aussi : « Des queues de cerise pour travailler » (13/09/2004)

> CHRISTOPHE GATTUSO

Source : lequotidiendumedecin.fr: 7589