La rentrée de la bande dessinée

Un automne chargé de poids lourds

Publié le 13/09/2004
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Avec ses 2 millions d'exemplaires, carrément 500 000 de plus que que le Titeuf 9, « Titeuf, Nadia se marie » de Zep constituera bien sûr la meilleur vente de livres, toutes catégories confondues, de l'année 2004. En parallèle, son éditeur Glénat publie un « art book » de son auteur, et la Galerie Christian Desbois un recueil de « Portraits de Titeuf » signés par trente auteurs dont Bilal, Gotlib, Julliard, Loustal, Margerin, Moebius, Roba, Tardi, Uderzo, Vuillemin...
Mais le fait marquant de cette rentrée est le nombre importants de grosses pointures programmées d'ici à fin novembre puisqu'on ne compte pas moins de 25 albums qui seront tirés à 100 000 exemplaires contre 19 l'année dernière et 12 il y a deux ans.

- « Blake et Mortimer », T. 17, vol. 2, « Le duel des esprits » de Julliard et Sente (éd. Blake et Mortimer), 550 000 exemplaires (30 octobre).
-  « Lucky Luke, Le Belle Province » de Gerra et Achdé, d'après Morris (éd. Lucky Comics), 500 000 ex. (18 septembre).
- « Lanfeust, T.4, Sales dents pour les mouches » d'Arleston, Tarquin et Guth (éd. Soleil), 350 000 ex (7 décembre).
- « Cédric, T.19 », de Laudec et Cauvin (éd. Dupuis), 300 000 ex (3 novembre).
- « Thorgal, T.28, Kriss de Valnor » de Rosinski et Van Hamme (éd. le Lombard), 260 000 ex. (23 octobre).
- « Spirou et Fantasio, T. 47, Paris-sous-Seine » de Munuera et Morvan (éd. Dupuis), 250 000 ex. (paru).
- « Peter Pan, T. 6 de Loisel (éd. Vents d'Ouest-26 octobre) et « le Cri du peuple, T. 4, le Testament des ruines » de Tardi-Vautrin (éd. Casterman-24 septembre), 160 000 ex.
- « les Profs, T. 6, Classe touriste » de Pica et Erroc (éd. Bamboo), 150 000 ex (paru).

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 « L'élève Ducobu, T. 10, Miss 10 sur 10 » de Godi et Zidrou (éd. le Lombard-paru) et « Allergies » de Claire Bretécher (éd. Claire Bretécher-20 octobre), 130 000 ex.
- « Lady S., T. 1, Na zdorovié, Shaniouchka ! » de Raymond et Van Hamme (éd. Dupuis-6 octobre), « le Guide du célibataire » de Clech et Goupil (éd. Vents d'Ouest-19 octobre) et « L'Épervier, T. 6, les Larmes de Tlaloc » de Pellerin (éd. Dupuis-3 novembre), 120 000 ex.

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 « Impondérables » de Binet (éd. Fluide Glacial-2 novembre) et « Caméra Café, T. 3, Ça va déchirer » de Van Linthout et Didge (éd. Jungle-2 novembre), 110 000 ex.
- « La Complainte des landes perdues, T. 5, Moriganes » de Delaby et Dufaux (éd. Dargaud), 105 000 ex (6 novembre).
- et, à 100 000 exemplaires : « Sillage, T. 7, Q.H.I. » de Morvan et Buchet (éd. Delcourt-paru) ; « Jean-Jacques Goldman », collectif (éd. Delcourt-6 octobre) ; « les Gendarmes, T. 7, Coffré surprise » de Jeanfèvre, Sulpice, Cazenove (éd. Bamboo-13 octobre) ; « Aquablue, T. 10, le Baiser d'Arakh » de Cailleteau, Siro & Vatine (éd. Delcourt-20 octobre) ; « Alpha, T. 8, Jeux de puissants » de Jigounov et Mythic (éd. Le lombard-6 novembre) ; « Scorpion, T. 5, la Vallée sacrée » de Marini et Desberg (éd. Dargaud-13 novembre) ; « Wayne Shelton, T. 4, le Survivant » de Denayer, Cailleteau, Van Hamme (éd. Dargaud-20 novembre).

La BD « littéraire » n'est pas en reste avec par exemple, outre le quatrième et dernier volume de l'adaptation par Tardi du « Cri du peuple », de Jean Vautrin et le nouvel album d'Art Spielman (voir encadré), un album très noir signé Jean-Christophe Chauzy (1), « D.R.H. » (Casterman).
Adapté d'une nouvelle radiophonique originale de Thierry Jonquet - avec qui il a déjà réalisé « la Vigie » et « la Vie de ma mère » -, l'album est une sorte de huis-clos qui a pour cadre une petite gare du nord de la France et le TGV qui amène une poignée de passagers vers Paris ; parmi eux, un ex-détenu, qui retrouve sa compagne prostituée, deux DRH de retour d'un séminaire professionnel, trois copains qui vont assister au mariage d'un ami... La chaleur orageuse, une panne de climatisation dans le train et beaucoup d'alcool ingurgité vont échauffer les esprits jusqu'au drame.

A noter aussi la parution, chez Casterman également, d'un nouvel album des grands maîtres de la bande dessinée en noir et blanc et argentins que sont José Munoz et Carlos Sampayo, intitulé « le Livre » (2). Sous le prétexte d'une intrigue policière : d'anciens nazis réfugiés en Amérique du Sud cherchent à retrouver une édition originale en allemand du « Joueur d'échecs » de Stefan Zweig où se trouve dissimulé le récépissé de dépôt de 27 millions de francs suisses dans une banque helvétique - sous ce prétexte, les auteurs mettent en lumière la capacité du livre, en général, à contenir beaucoup plus que ce qu'il donne à lire.

Signalons encore, dans le désordre, le grand retour à la bande dessinée de Jean-Claude Götting, après quinze années consacrées à l'illustration - dont les couvertures de « Harry Potter » - dans un album intitulé « la Malle Sanderson », chez Delcourt ; et, chez le même éditeur, un nouveau Will Eisner, « Fagin le Juif ». Chez Denoël Graphic, l'auteure d'albums pour la jeunesse Nadja adapte une nouvelle d'henry James, « le Menteur ».
En ce qui concerne les séries, Albin Michel va démarrer le 13 octobre une série signée du dessinateur Adamov et de l'écrivain de thrillers Jean-Christophe Grangé, « la Malédiction de Zener », et le 10 novembre un « Borgia », de Manara et Jodorowsky. Dès ce mois-ci, Dupuis inaugure une nouvelle série, « Secrets », fondée sur des secrets de famille. Nouvelle aussi, la collection « Noirquadri » adapte en BD des écrivains cultes du polar : les trois premiers titres à paraître en octobre s'inspirent de James Ellroy, de Tony Hillerman et de George Chesbro...

(1) Editions Casterman, 56 p., 13,50 euros.
(2) Editions Casterman, 88 p., 12,50 euros.

Art Spiegellman raconte « son » 11 septembre

En 1987 « Maus, un survivant raconte » (Flammarion), avait créé l'événement. Art Spiegelman avait obtenu le prix Pulitzer et des traductions dans dix-huit langues pour sa mise en images de la vie de son père survivant de l'Holocauste.
En 2004, « A l'ombre des tours mortes », qui paraît chez Casterman (25 euros) et dans cinq autres pays européens en même temps qu'aux Etats-Unis, signe le grand retour à la bande dessinée du dessinateur américain.
L'album a pour thème les émotions et les réflexions de l'auteur à chaud, au moment même de l'effondrement des Twin Towers, car Art Spiegelman habite, avec sa femme et ses deux enfants, dans leur immédiate proximité. Usant de styles graphiques variés, il a intégré des anecdotes dont il a été le témoin dans les rues du sud de Manhattan, mais aussi ses indignations devant le déluge patriotique qui suit le 11 septembre, sa colère contre le nationaliste exacerbé du gouvernement américain, sa condamnation de la guerre en Irak, ainsi que des adaptations et des détournements d'images anciennes qui lui ont été suggérés par le climat du moment.
Son ouvrage est construit comme un vaste puzzle, qui tient à son histoire et à sa forme matérielle.
Au départ en effet, les dessins sont parus sous forme de planches qu'Art Spiegelman livrait toutes les cinq ou six semaines au journal allemand « Die Zeit » - et qui étaient reproduites en France dans « Courrier international ». Des planches grand format en carton très épais qui se lisent perpendiculairement au sens de lecture traditionnel d'un album et qui font penser à un livre d'enfant. Il ne faut pas s'y fier !

« Sakka » ou le manga d'auteur

« Sakka », qui veut dire « auteur » en japonais, est le nom du nouveau label lancé par les éditions Casterman afin de promouvoir la manga d'auteur. Les quatre premiers titres de la collection - dirigée par l'auteur de BD Frédéric Boilet, installé à Tokyo depuis 1997 - qui s'adresse moins aux enfants qu'aux ado-adultes, viennent de paraître.
Sakka publiera non seulement des albums solos mais aussi des séries ou des mini-séries et des cycles. Le label accueillera également beaucoup de femmes, puisque celles-ci représentent environ la moitié des auteurs au Japon. C'est ainsi que parmi les premiers titres prévus, et vendus au départ à 9,95 euros, « Kinderbook », de Kan Takahama, est l'œuvre d'une jeune femme de 27 ans qui démarre sa carrière au Japon ; « le Livre jaune » a valu l'an dernier à son auteure, Fumiko Takano, 47 ans, le prestigieux prix Tezuka ; et « Blue », qui met en scène les tourments de la génération de son auteure trentenaire Kiriko Nananan, a été un énorme succès au Japon.

Spirou, le retour

Né en 1938 sous le crayon de Rob-Vel le petit groom en rouge avait disparu depuis plusieurs années. Le voilà qui réapparaît grâce aux plumes de Jean-David Morvan pour le scénario et l'Espagnol Jose Luis Munuera pour le dessin. Ses derniers « papas » en date, après notamment Franquin de 1946 à 1958, Fournier qui le débarrassa de sa défroque servile, puis Cauvin, chaland et enfin Tome et Janry qui officièrent de 1981 à 1988.
Le 47è épisode des aventures de Spirou et Fantasio s'intitule « Paris sous Seine », des aventures trépidantes et délirantes avec le Sacré-Cœur les pieds dans l'eau et Beaubourg ravagé par un tsunami.
Editions Dupuis, 48 p. coul., 8,20 euros

> MARTINE FRENEUIL

Source : lequotidiendumedecin.fr: 7589