JAZZ/ROCK Les CD jazz de la rentrée

Tradition et modernité

Publié le 12/09/2004
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INCONTOURNABLE contrebassiste de la période libre du jazz - il fut l'un des piliers des formations avant-gardistes d'Ornette Coleman -, cofondateur, avec la pianiste Carla Bley, du mythique et trop éphémère Liberation Music Orchestra, recherché pour ses dons et capacités d'adaptation, Charlie Haden, ex-leader du Quartet West, retrouve le chemin des studios, en compagnie notamment du pianiste Gonzalo Rubalcaba et du saxophoniste ténor Joe Lovano, pour un album baptisé « Land of the Sun » (Gitanes Jazz/Universal), entièrement consacré au répertoire mexicain - avec des thèmes écrits par le compositeur Jose Sabre Marroquin (1900-1995) - et sud-américain.
Les principales caractéristiques de ce CD résident dans la sensualité, la mélodie et une exquise nonchalance typiquement latine qui sied parfaitement au jeu du leader. Une musique profonde, tendre, venant du cœur, voire porteuse d'une certaine mélancolie.
Ce début de XXIe siècle est celui des hommages (centenaire de la naissance de tel ou tel grand du jazz). Prochain à venir, le 50e anniversaire de la disparition de Charlie « Bird » Parker en mars 2005, thème du dernier disque du saxophoniste (alto et ténor) italien, Stefano Di Battista, « Parker's Mood » (Capitol/Blue Note/EMI). Admirateur inconditionnel d'autres altistes légendaires, comme Art Pepper, Johnny Hodges ou Julian « Cannonball » Adderley, le jeune musicien a fait appel à des pointures - Flavio Boltro (trompette), Kenny Barron (piano), notamment - pour rendre hommage à l'« Oiseau », qui a marqué le jazz des années 1940-1950 de son empreinte et de son fantastique jeu révolutionnaire, avec des reprises de thèmes aussi immortels que « Salt Peanuts », « Night in Tunisia », « Donna Lee » ou encore « [212]Round Midnight ». Que du bon !
Les gens du voyage sont une grande famille. De musiciens et surtout de guitaristes. La rencontre entre Romane et Stochelo Rosenberg (1) confirme les liens qui unissent tous ces cousins et les pièces rapportées au jazz. Quatre ans après un premier CD, les deux virtuoses de la six-cordes se retrouvent avec « Double Jeu » (Iris Music/Harmonia Mundi), pour revisiter, avec ce swing incroyable et unique, quelques standards (« Blue Rondo à la Turk ») et des compositions personnelles des deux leaders. Ou tout l'art de se réapproprier la tradition et le répertoire, et d'ouvrir de nouvelles voies funky.
Contrebassiste du trio Prysm pendant plusieurs années, Christophe Wallemme (2) a décidé désormais de se consacrer à un travail de leader et de compositeur, comme le prouve son dernier opus, « Time Zone » (Nocturne), pour lequel le jeune soliste a invité de nombreux comparses en vue sur la planète jazz française ou européenne, à l'image de David Linx (vocal), Daniel Mille (bandonéon) et David Venitucci (accordéon), Stéphane Huchard (batterie) ou Minno Garay (percussions). Le travail qui en résulte est très diversifié, aussi bien mélodiquement que rythmiquement, et se place résolument dans les tendances actuelles du jazz hexagonal, qui balance entre originalité et créativité. Le tout ponctué par l'élégance et la grâce du bassiste.

(1) Paris - Sunset (01.40.26.46.60), 28 septembre-1er octobre, 21 h 30.
(2) Paris - Sunset (idem), 25 et 26 septembre.

> DIDIER PENNEQUIN

Source : lequotidiendumedecin.fr: 7588