Suspendu deux mois, le Dr Lamarre se dit écœuré et regrette l'indifférence de la Sécu

- Mis à jour le 04/03/2014
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Crédit photo : S. Toubon

Depuis le 1er mars 2014, le Dr Christophe Lamarre ne peut plus pratiquer. Ce généraliste installé à Roubaix a été suspendu d'exercice pour une durée de deux mois. La section des assurances sociales du Conseil national de l'Ordre des médecins lui reproche une suractivité pouvant conduire à un exercice dangereux de la médecine.

Le Dr Lamarre s'était fait connaître du grand public fin 2013 pour avoir hébergé dans son ancien cabinet médical plusieurs familles Roms suite au démantèlement de leur camp, dans le nord de Roubaix.

Contacté par « le Quotidien », le médecin se dit écoeuré par cette sanction qui va avant tout pénaliser « mes patients et mes associés qui vont devoir les prendre en charge ». Le généraliste en veut à la Sécu à qui il reproche de faire la « traque aux délits statistiques, sans s'intéresser aux médecins et à leurs problèmes sur le terrain ».

Les ennuis du Dr Lamarre remontent à 2009. Installé dans un quartier défavorisé, le généraliste tourne alors au rythme impressionnant de 15 000 actes par an. « J'avais des journées de fou, je commençais à 7h30 pour m'arrêter à 2h voire 4h du matin. Deux fois, le SAMU est venu me sortir de mon cabinet alors que je faisais des convulsions », raconte le médecin. Il finira par quitter son cabinet et baisser son activité de 40 %.

Un sentiment d'humiliation

Entre temps, la Sécu s'intéresse à ses statistiques hors normes. « Ils m'ont placé sous contrôle d'activité, ils ont interrogé mes patients. Ils m'ont traité comme un voyou, m'ont soupçonné de fraude, se souvient le Dr Lamarre. Mais ils n'ont rien trouvé, alors ils m'ont accusé d'exercice dangereux de la médecine ». La sanction : deux mois de suspension d'exercice. Humilié, le Dr Lamarre fait appel. « Mon honneur en a pris un coup. Je ne voulais pas laisser passer ça » se justifie le praticien. L'audience devant les instances nationales de l'Ordre ne changera rien. Novembre 2013, la décision de première instance est confirmée.  La sanction est entrée en application ce 1er mars 2014.

Le médecin garde un goût amer de toute cette affaire : « À aucun moment la Sécu n'a cherché à m'aider. Ils avaient toutes mes statistiques de consultation. Ils voyaient bien que j'étais complètement débordé. Mais la seule chose qui les intéressait, c'était de me coincer pour fraude. »  

Aujourd'hui, le Dr Lamarre a considérablement réduit sa cadence. Que va-t-il faire pendant ces deux mois de suspension ? « Je vais enfin pouvoir aider les Roms que j'ai hébergés, les aider à trouver un logement. Et puis je vais aller voir certains de mes patients, comme ce monsieur d'une cinquantaine d'années à qui on a trouvé un cancer du pancréas, mais qui refuse de se faire soigner. Il va bien falloir que je le convainque. »