Le programme STOP (Sevrage Tabagique Observatoire Programme), lancé par les Laboratoires Pierre Fabre Santé, a pour but de mieux évaluer l'attitude des consommateurs réguliers de tabac désireux de sortir du tabagisme et de mieux connaître les mécanismes de la dépendance.
Des résultats préliminaires ont été présentés à l'occasion des Entretiens de Bichat. Il s'agit de l'analyse des 1 000 premières réponses à un autoquestionnaire remis par les médecins généralistes et les pharmaciens à des fumeurs ou anciens fumeurs en juin 2001.
Les fumeurs sont plus jeunes que les anciens fumeurs (39 contre 46 ans en moyenne). La différence de poids est également significative : les non-fumeurs pèsent de 2 à 4 kg de plus que les fumeurs, ce « qui est une source de reprise du tabac », souligne le Pr Gilbert Lagrue. La prise de poids, explique-t-il, est « liée au fait que la nicotine augmente les dépenses caloriques (10 cal par cigarette) et agit au niveau du cerveau comme un coupe-faim ». « Lors de l'arrêt du tabac, la prise de poids (de 2 à 5 kg) n'est que la récupération du poids que le sujet aurait dû avoir s'il n'avait pas fumé. »
Café et alcool
Autre enseignement, les anciens fumeurs ont une activité physique plus développée, qui correspond à une hygiène de vie plus saine, et qui démontre que l'activité physique est une aide incontestable à l'arrêt du tabac. Quarante-trois pour cent des ex-fumeurs ont une activité sportive contre seulement 26 % des fumeurs.
La consommation de café semble liée au tabagisme chez les deux sexes. L'explication est d'abord d'ordre social, (la petite cigarette accompagne le petit noir), et réside aussi dans l'effet pharmacodynamique du café sur la nicotine qui induit sa disparition rapide de l'organisme. La consommation de café est très nettement inférieure chez les anciens fumeurs (2,7 tasses/jour contre 4,1 chez les fumeurs).
Un phénomène analogue relie la consommation d'alcool et celle du tabac, notamment chez les grands fumeurs de sexe masculin : plus le tabagisme augmente, plus la consommation d'alcool est en hausse.
Cette enquête confirme donc le lien déjà établi entre alcool et tabac. Que ce soit pour le café ou pour l'alcool, il est clair que l'augmentation de la consommation croît avec le niveau de dépendance du sujet au tabac.
Quant aux troubles dépressifs exprimés par les sujets, ils sont de l'ordre de 41 % chez les hommes fumeurs, de 54 % chez les femmes fumeuses, contre respectivement 28,6 et 42,8 % chez des sujets non fumeurs.
Face à ce tableau, certains observateurs se demandent : « Les troubles dépressifs ne seraient-ils pas présents avant le tabagisme ? Et celui-ci ne serait-il pas une automédication ? »
La dépendance au tabac est à la fois physique et psychologique. Cette dépendance, évaluée par le test de Fagerström peut être forte ou très forte (chez 22,3 % des fumeurs), moyenne (chez 25,1 %), faible (23,8 %) ou inexistante (28,7 %). Ce sont les sujets les plus âgés, qui ont commencé à fumer le plus tôt, qui apparaissent comme les plus dépendants. Leur consommation quotidienne de cigarettes croît avec le niveau de dépendance, et c'est à partir de 15 cigarettes quotidiennes que la dépendance au tabac devient plus importante. La dépendance au tabac, accentuée par l'ajout de substances facilitant l'accoutumance (extrait de chocolat, ammoniaque, etc.), augmente le risque dépressif. Pour le Pr Lagrue, « si la dépendance est très forte, la prise en charge du fumeur qui veut s'arrêter passe par une prise en charge médicalisée. La seule volonté ne suffira pas ». Du reste, les gros fumeurs reconnaissent leur forte dépendance.
Le prix du sevrage
Interrogés sur le prix qu'ils seraient prêts à payer pour arrêter définitivement le tabac, les fumeurs le fixent à 1 100 F en moyenne, que ce soit un homme ou une femme. Les fumeurs avec forte dépendance, conscients que la volonté ne suffit pas, sont prêts à dépenser plus (2 368 F), ce qui est encore peu. Ce faible prix, souligne le Pr Lagrue, montre à quel point « le patient ne se rend pas compte du risque sanitaire du tabagisme ». Cette sous-évaluation prend toute son ampleur quand on la compare à la « propension à payer » évaluée dans d'autres pathologies (52 000 F pour perdre 7 kg en 2 ans au Canada, 36 000 F pour réduire de 50 % des symptômes de l'incontinence urinaire en Suède).
Conférence de presse organisée
par les Laboratoires Pierre Fabre Santé,
avec la participation du Pr Gilbert Lagrue.
Un Traité international
contre le tabagisme
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) veut obtenir, à l'horizon 2003, l'adhésion de ses pays membres à un Traité international contre le tabagisme. Une première conférence ministérielle « Pour une Europe sans tabac » aura lieu à Varsovie, les 18 et 19 février 2002, puis une convention mondiale contre le tabagisme sera proposée en mai 2003 à Genève. Il s'agira là du « premier Traité international de la santé publique », souligne le Dr Haïk Nikogossian, chef du programme OMS anti-tabac en Europe, ancien ministre arménien de la Santé. Selon l'OMS, 1,1 milliard de personnes fument dans le monde. En Europe, cette consommation est responsable de 1,2 million de décès annuels.
Les objectifs
Le vaste programme STOP, né du constat du désir d'arrêter de fumer chez plus de la moitié des consommateurs de tabac, et dont l'architecture s'articule autour des professionnels de santé et des usagers du tabac, a pour objectif :
- de contribuer à l'amélioration des connaissances en termes de santé publique ;
- de décrypter le cheminement des professionnels de santé ;
- de renforcer le rôle des médecins et des pharmaciens ;
- de comprendre le cheminement du fumeur et de l'ancien fumeur ;
- d'anticiper les facteurs de réussite d'un sevrage tabagique.
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