Prêts à la délégation de tâches, les ophtalmologistes veulent des revalorisations

Publié le 25/01/2013
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Crédit photo : S. TOUBON

L’ophtalmologie est à un tournant. Près de la moitié des 5 800 ophtalmologues partiront à la retraite dans les 10 prochaines années. Et en 2013, seuls 123 internes seront formés à l’ophtalmologie, alors qu’il en faudrait au moins 240, selon le Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF).

Les besoins de la population vieillissante sont pourtant croissants (+30 % d’ici à 2025) et les Français restent très attachés à cette spécialité : 94 % d’entre eux estiment en 2013 que l’ophtalmologiste est le plus compétent pour dépister des problèmes oculaires*.

Les cabinets doivent donc opérer leur mue vers la délégation de tâches, aux orthoptistes essentiellement – dans une moindre mesure, aux infirmières. 74 % de la population y est désormais favorable, soit 7 points de plus qu’en 2011. « Les hôpitaux connaissent au quotidien ce modèle qui place un médecin à la tête d’un bataillon d’orthoptistes en charge des examens. Les patients ont compris que c’est le prix à payer pour avoir accès aux soins », commente le Pr Béatrice Cochener, présidente de l’Académie française d’ophtalmologie.

45 000 à 55 000 euros pour embaucher un orthoptiste

Mais la délégation de tâches a un coût. « Les tarifs du secteur 1 sont bloqués : face à l’inflation, nous perdons 2 % de notre pouvoir d’achat chaque année. Sans coup de pouce, nous devons nous contenter de peu de personnel et de matériel », alerte le président du SNOF, le Dr Jean-Bernard Rottier.

Le syndicat propose de revaloriser le tarif de la consultation, « quasi gelé depuis 1996 », ou au moins de l’indexer sur l’inflation. Il suggère de créer un forfait « travail aidé » pour les médecins de secteur 1 afin qu’ils puissent s’équiper et embaucher du personnel. « Un orthoptiste salarié coûte 45 000 à 55 000 euros par an pour un cabinet d’ophtalmologie, et nous avons une fin de non-recevoir de la part de la Caisse national d’assurance-maladie (CNAM) », explique le Dr Rottier. La création d’un fonds de provision, pour anticiper les futurs frais de licenciement des salariés lorsque l’ophtalmologiste part à la retraite, pourrait aussi inciter les plus de 55 ans à embaucher des orthoptistes sans craindre un désastre financier.

« La menace est que les ophtalmologistes, à quelques années de la retraite, se déconventionnent. On en comptait 5 en 2000, ils sont désormais 50 en secteur 3. C’est la population qui en fera les frais ! ,» met en garde Jean-Bernard Rottier.

*Sondage du Syndicat national des ophtalmologistes de France et de l’Académie Française d’ophtalmologie, réalisé par l’IFOP auprès de 1 008 personnes du 8 au 10 janvier 2013.


Plusieurs protocoles en cours de validation dans les Pays de la Loire

Depuis la loi Hôpital, patients, santé et territoires, et l’article 51, les professionnels de santé peuvent organiser leurs collaborations via des protocoles, soumis à leur Agence régionale de santé, puis à la Haute autorité de santé. Dans le domaine de l’ophtalmologie, trois sont en cours de validation.
Le premier prévoit que l’orthoptiste réalise un bilan visuel sur les enfants de 6 à 15 ans, sans pathologie, dans le cadre d’un renouvellement ou de l’adaptation des corrections optiques. « L’enfant doit être connu de la structure, n’avoir pas de problème médical. Il peut alors prendre un rendez-vous avec un orthoptiste dans les 15 jours et sera dans les délais classiques par l’ophtalmologiste », précise Jean-Bernard Rottier.
Le deuxième protocole, similaire, s’adresse aux adultes de 16 à 50 ans, tandis que le dernier confie les photos d’un dépistage de la rétinopathie chez les diabétiques à un orthoptiste ou à une infirmière. L’ophtalmologiste reste chargé de l’interprétation des données et du diagnostic.
 COLINE GARRÉ

Source : lequotidiendumedecin.fr