Premier bilan du vaccin contre la grippe : des études en vie réelle pour évaluer son efficacité

Par
Anne-Gaëlle Moulun -
Publié le 17/06/2019
vaccin anti grippe

vaccin anti grippe
Crédit photo : S. Toubon

La composition du vaccin contre la grippe étant actualisée chaque année, son efficacité doit être évaluée annuellement. À l’hôpital Cochin, une étude est menée en collaboration avec d’autres centres français, afin de mesurer en vie réelle l’efficacité du vaccin. Les données préliminaires sur la saison 2018-2019 montrent une efficacité de 34 à 38 % contre les grippes de sous-types A chez les sujets de plus de 65 ans.

Lors de l’épidémie de grippe 2018-2019, Santé publique France a comptabilisé 1,8 million de consultations pour syndrome grippal et environ 65 600 passages aux urgences pour grippe, dont près de 11 000 hospitalisations (16 %) durant l’épidémie. Elle estime à 9 900 le nombre de décès attribuables à la grippe pendant la période de surveillance et note que la couverture vaccinale a atteint 47,2 % chez les personnes à risque.

« L’efficacité vaccinale était de 69 % contre A(H1N1), de 33 % contre A(H3N2) chez l’ensemble des personnes à risque et de 47 % tous virus confondus », souligne Santé publique France. « Pour évaluer chaque année l’efficacité clinique de la vaccination anti-grippale, des essais d’efficacité dans la vraie vie sont mis en place, explique le Pr Odile Launay, infectiologue et responsable du centre d’investigation clinique (CIC) Cochin Pasteur à l’hôpital Cochin, à Paris.

Lorsqu’un vaccin est mis sur le marché, il a déjà fait l’objet d’études cliniques. Néanmoins, son efficacité, mesurée dans les conditions rigoureuses d’un essai clinique randomisé, peut être surestimée par rapport à son réel pouvoir protecteur dans les conditions réelles d’utilisation en routine. D'où les études en vie réelle.

Dépistage systématique

« À l’hôpital Cochin, dans le cadre de cette étude réalisée sous l’égide de l’INSERM, nous proposons un dépistage systématique de toutes les personnes hospitalisées avec un syndrome grippal selon la méthodologie appelée « test-negative design ». Nous effectuons un prélèvement naso-pharyngé pour vérifier s’ils ont la grippe. Celles qui l'ont forment le groupe des cas et, en comparant leur couverture vaccinale avec celle du groupe qui n’a pas la grippe (le groupe des témoins), nous pouvons calculer l’efficacité vaccinale », détaille le Pr Launay.

Cochin travaille avec quatre autres hôpitaux universitaires français (Montpellier, Bichat, Lyon et Rennes) dans le cadre d’un projet européen. « Cette année, 713 patients ont été testés pour le virus de la grippe et 207 l'avaient. Nous recueillons ainsi des données sur les virus qui circulent en France et sur l’évolution des patients après leur sortie d’hôpital, informations qui sont regroupées avec celles d’autres pays européens, souligne le Pr Launay. Ainsi, les données préliminaires sur la saison 2018-2019 montrent une efficacité de 34 à 38% contre les grippes de sous-types A hospitalisés chez les sujets de plus de 65 ans. »

D’autres méthodes, plus difficiles à mettre en œuvre en France, utilisent des registres de données de santé portant sur la grippe ou sur d’autres critères d’évaluation (accidents cardiovasculaires, AVC) sur lesquels la vaccination contre la grippe a des effets protecteurs. Ces données sont croisées avec le registre de vaccination afin d’évaluer l’effet du vaccin sur ces autres critères. « Au Danemark, par exemple, une étude a montré que les personnes ayant une pathologie cardiovasculaire et vaccinées ont 18 % de risque en moins de mourir quelle que soit la cause, par rapport aux personnes non vaccinées, mentionne le Pr Launay. Dans les années qui viennent, l’intérêt sera de comparer les nouveaux vaccins qui vont arriver sur le marché, en particulier les vaccins très fortement dosés. »


Source : lequotidiendumedecin.fr