Pr Edzard Ernst : « Si l’homéopathie est présentée comme une panacée, il faudra qu’elle prouve son efficacité »

Par Guillaume Mollaret
Publié le 29/03/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
edzard Ernst

edzard Ernst

Le Pr Edzard Ernst n'est pas étranger à l'arrêt de la prise en charge de l'homéopathie au Royaume-Uni : c’est notamment suite à ses études et prises de position que le NHS, l’Assurance-maladie britannique, a pris sa décision. Pas étonnant donc qu'il ait été invité à présenter une conférence au 7e congrès iCEPS, consacré à l'évaluation des interventions non médicamenteuses, et qui se tient actuellement à Montpellier. Médecin spécialisé en médecine physique et de réadaptation, professeur honoraire à l'université d’Exeter, le Pr Edzard Ernst a reçu une formation pratique en acupuncture, training autogène, herboristerie, homéopathie, massothérapie et manipulation de la colonne vertébrale... des pratiques qu’il a donc étudiées de près et qu’il critique aujourd’hui sans retenir ses coups, fondant son jugement sur les résultats d'études contrôlées randomisées. 

LE QUOTIDIEN : En France, les Académies de médecine et de pharmacie viennent de se prononcer contre l'enseignement de l'homéopathie et leur remboursement par l’Assurance-maladie. Qu'en pensez-vous ?

Pr Edzard ERNST : Je suis heureux de voir que la France va dans le bon sens, cinq ans après que l’Australie se soit prononcée elle aussi, et dix ans après que les preuves scientifiques ont apporté la certitude que l’homéopathie n’est rien d’autre qu’un placebo. C’est important. Pas tellement à cause des économies que cela peut générer, mais aussi pour le respect de certains principes, notamment celui d’une médecine fondée sur des preuves scientifiques (evidence based medicine). Cela veut dire que quand une expérience est négative, il faut aussi avoir le courage d’abandonner certains traitements.

Selon vous, l'homéopathie est-elle contraire à l'éthique ?

Je pense qu’elle n’est pas éthique car les patients, ou la collectivité quand elle rembourse ses traitements, y perdent leur argent. Je pense également qu’elle n’est pas éthique car elle trompe le patient en lui disant que le traitement proposé est efficace alors que ce n’est pas vrai. Ce n’est pas seulement un manque d’éthique, c’est également dangereux car conseiller à certaines personnes de recourir à des traitements alternatifs, tels que l'homéopathie, pour traiter des affections graves telles que le cancer, c’est les précipiter plus tôt dans la tombe que les autres patients qui n’utilisent pas de traitements alternatifs.

Le fait que ces traitements sont utilisés depuis de nombreuses années avec des témoignages de médecins et de patients sur leur efficacité ne suffit-il pas à légitimer l'homéopathie ?

Non. La médecine a commencé à faire des progrès à partir du moment où on a abandonné cette logique. C’était il y a 150 ans. Avant, on faisait des saignées et d’autres choses de la sorte parce qu’on avait foi en une longue tradition. Pour autant, une longue tradition n’est pas fausse en tant que telle. Cela donne des indices sur des choses qui peuvent fonctionner ou qui peuvent ne pas faire de mal à la santé. Mais une tradition ne remplacera jamais la force de la preuve. Abandonner ce principe serait une régression.

Que répondez-vous à ceux qui estiment qu'il n'est pas possible de réaliser des essais cliniques identiques à celui appliqué aux autres médicaments ?

C’est faux ! Parfois ces positions relèvent du vœu pieux, et parfois de personnes qui mentent sciemment au public. Il est possible d’effectuer des études randomisées avec un contrôle placebo de l’homéopathie. On peut également tout à fait individualiser ces essais cliniques.

Vous avez donné hier une conférence à Montpellier sur les médecines alternatives, quelle proportion de ces thérapies sont, à votre sens, efficaces ?

Il est difficile de vous répondre précisément. Si l’homéopathie est présentée comme une panacée, il faudra qu’elle prouve son efficacité au travers de milliers d’études cliniques, car il y a des milliers de solutions homéopathiques produites aujourd’hui à des degrés de dilutions différents. Nous aimons utiliser des traitements soutenus par des preuves scientifiques, pour les autres, il fait se montrer extrêmement prudent. Et l’homéopathie entre dans cette catégorie. 

Propos recueillis par notre correspondant à Montpellier, Guillaume Mollaret

Source : lequotidiendumedecin.fr