Pour « parler aux médecins », les prestataires de santé à domicile veulent siéger dans les CPTS

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Anne Bayle-Iniguez -
Publié le 16/04/2019

Ils avaient décidé de manifester en nombre ce mardi matin dans les rues de la capitale, et sous les fenêtres de la ministre de la Santé, mais « partageant l'émotion de tous les Français » après l'incendie de Notre-Dame de Paris, les prestataires de santé à domicile (PSAD) ont reporté sine die leur mobilisation prévue. Mais l'objectif reste intact : obtenir du gouvernement davantage de reconnaissance et de visibilité dans le suivi et le parcours de soins des patients – et même un « statut d'acteur de santé à part entière ».  

25 000 salariés

Si la manifestation initialement organisée « dans l'espoir de sauver tout un secteur » est repoussée, les revendications des entreprises de PSAD demeurent. Derrière cet acronyme, on retrouve 25 000 salariés (dont 5 000 professionnels de santé, médecins, infirmières, pharmaciens, etc.) employés dans 2 000 entreprises, à 85 % des TPE.

Appareils respiratoires pour l'apnée du sommeil (masques à PPC), pompes à insuline, perfusions, orthèses ou fauteuils roulants… Les PSAD prennent en charge deux millions de personnes dans le cadre de maladies chroniques, de la perte d'autonomie liée à l'âge ou du handicap.

Or, selon une intersyndicale représentative (fédération des PSAD, SNADOM, UPSADI, UNPDM, UFAT), l'avenir de ces emplois de proximité est menacé par la politique « comptable » du gouvernement. Les entreprises jugent toujours « déraisonnable » la demande de l'État de 150 millions d'euros d'économies, avalisée dans le dernier budget de la Sécurité sociale pour 2019 (soit 50 millions d'euros de plus qu'en 2018), dans un contexte où le nombre de personnes prises en charge à domicile va croissant. 

« On nous serre la vis et en parallèle, les négociations avec le comité économique des produits de santé (CEPS), qui régule notre activité et nos tarifs, sont au point mort, déplore Charles-Henri des Villettes, président de la fédération des PSAD. Nos dépenses augmentent plus vite que l'ONDAM [enveloppe annuelle de dépenses maladie, NDLR], en conséquence de quoi le régulateur baisse nos tarifs dans une logique de prix/volume sans prendre en compte la réalité du terrain. Achats de dispositifs médicaux, logistique, salariat de professionnels de santé… Nos coûts sont liés à l'activité et, au regard de la petite taille de nos entreprises, nous ne pouvons pas faire d'économies d'échelle. »

Le secteur réclame une fois encore une révision des baisses de tarifs et une refonte du mode de régulation en privilégiant le « paiement à la performance » déjà utilisé depuis 2018 pour l'apnée du sommeil, à déployer en priorité au diabète. 

Acteur de santé

Afin de peser dans le débat public et obtenir un « véritable statut d'acteur de santé », les entreprises visent un siège dans les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). « Nous n'existons pas aux yeux des agences régionales de santé, se désespère Charles-Henri des Villettes. Nos entreprises ne sont pas intégrées dans les CPTS et nous ne pouvons pas partager avec les professionnels libéraux nos données de santé. C'est dommage, car on aimerait parfois pouvoir parler aux médecins de leurs prescriptions et leur recommander par exemple d'arrêter l'utilisation d'un masque à PPC, pas toujours adapté. Nous sommes en première ligne pour voir si ce qui a été prescrit est bien suivi à domicile d'une part, bien utile pour le patient d'autre part. »


Source : lequotidiendumedecin.fr