« DIRE QUE l'image véhiculée par l'électroconvulsivothérapie (ECT) auprès du public est très péjorative relève à la fois du truisme et de l'euphémisme : l'idée de la barbarie vient le plus souvent à l'esprit, confondant et condensant à la fois la sévérité des troubles présentés par le patient et la dangerosité qui peut en résulter, mais également la violence du choc électrique et les conséquences lésionnelles que l'on imagine. »
C'est ce bruit de fond... infondé qui conduit P. Baro, D. Szekely et T. Bougerol (hôpital Sud, Grenoble) à faire un point rapide sur l'ECT aux Entretiens de Bichat. Leur fil conducteur repose sur « le soin apporté à l'information concernant l'ECT (...) [qui] doit permettre d'améliorer sans cesse son image et donc favoriser l'utilisation d'une technique qui a fait ses preuves, avec un rapport bénéfice-risque extrêmement favorable, ce qui est, en médecine, toujours une perle rare ».
Affections mettant en jeu le pronostic vital.
Les médecins grenoblois rappellent qu'il s'agit d'une thérapeutique de première intention dans certaines affections mettant en jeu le pronostic vital, soit de seconde intention face à une résistance thérapeutique particulièrement rebelle.
Les indications princeps sont donc : la dépression résistante ou chronique ; les mélancolies sévères ; le maintien du résultat thérapeutique dans les rechutes de dépression, ou même la prévention des rechutes dans les dépressions récurrentes.
Derrière les dépressions viennent certains états schizophréniques délirants ou dissociatifs.
Pour chasser de l'esprit du public le cliché qui, « d'un point de vue fantasmatique, met en acte un scénario sadique où le patient serait la victime passive et contrainte de l'agressivité de médecins qui en tireraient jouissance, fusse pour la bonne cause », l'ECT est pratiquée en suivant strictement un cadre légal. En outre, elle requiert le consentement libre et éclairé du patient et des siens. On imagine sans peine la difficulté à « mettre en place une alliance thérapeutique avec un patient dont l'état de conscience et la pensée sont la plupart du temps gravement perturbés... Il faut parfois " mettre à profit " les fluctuations thymiques du patient pour mettre en place l'alliance thérapeutique la plus favorable ». Le besoin de ce document pour réaliser un acte apparemment moins risqué que d'autres situations médicales ne nécessitant pas de consentement crée une « situation paradoxale (qui) concourt à une dramatisation excessive de l'ECT ».
Quant à l'efficacité thérapeutique, elle a été démontrée par de multiples études. Certaines mettaient en jeu des groupes placebo, d'autres utilisaient des traitements antidépresseurs. Les résultats montrent 80 % de guérison des états dépressifs résistants. Soit un rapport bénéfice-risque très favorable, d'autant que la morbidité est réduite (risque identique à celui de l'anesthésie). Dernier point relevé dans la littérature, et que rejoint l'expérience des Grenoblois, le rôle spécifique de l'équipe infirmière sur le déroulement et le résultat final.
Entretiens de Bichat, 16 septembre 2004.
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