IL Y A CEUX qui n'ont jamais quitté la scène et se présentent comme des candidats naturels ; mais ceux aussi dont le retour est annoncé, comme Lionel Jospin - dont la candidature ferait des ravages chez ses amis du Parti socialiste - ou Alain Juppé. Il y a un tableau politique de plus en plus confus, à cause des divisions croissantes du PS, parti des fameux « courants », dont le nombre augmente, de la montée apparente de l'extrême gauche, de la résistance de l'extrême droite, du rôle de l'UDF à droite : aussi audacieux et combatif que soit François Bayrou, il s'est placé, quoi qu'il en dise, dans l'opposition à l'UMP, donc au pouvoir, et il favorise objectivement le camp de la gauche.
Le 21 avril oublié.
Cet émiettement du champ politique en une multiplicité de personnalités et d'opinions montre d'abord que la leçon du 21 avril n'a jamais été tirée. On comprend pourquoi : ce ne sont pas les partis aux bataillons plus étoffés qui vont céder le pas aux autres ; mais les plus petits ne veulent pas davantage être sacrifiés sur l'autel de l'union. Peu importent les raisons, dès lors que le risque est immense, celui d'une fragmentation de l'électorat à la présidentielle : M. Bayrou affaiblira le candidat de l'UMP et l'extrême gauche celui du PS, pour autant qu'en l'absence de primaires on ait un candidat par parti, ce qui n'est pas garanti.
La multiplicité des candidats s'ajoute à celle des tendances, la gauche excellant dans la pensée individuelle érigée en mouvement politique, avec un PS que l'on peut décomposer en une douzaine de courants, une extrême gauche qui compte presque autant de partis que d'électeurs, les Verts qui ne sont pas eux-mêmes un modèle d'unité, le Parti communiste qui s'est forgé une identité en renonçant à gouverner et en rejoignant les gauchistes autrefois haïs, les chevènementistes, pour autant qu'on puisse les cataloguer à gauche. Que, dans ce méli-mélo, un Lionel Jospin, comme on l'affirme depuis quelques jours, fasse irruption et alors l'avenir est vraiment imprévisible.
Quant à la droite, conformément à un scnéario qui se répète depuis longtemps, elle est menacée par ces 15 % que représente le Front national bon an mal an. Un pourcentage qui ne diminue pas et augmente même dans les accès de fièvre hexagonale. Elle l'est aussi par la dissidence de l'UDF, laquelle ne votera même pas le budget de l'an prochain (mot d'ordre : on s'abstient ou on vote contre) et par les rivalités internes qui n'ont même pas le mérite de traduire des pensées divergentes : on sait bien que Nicolas Sarkozy oppose le mot « rupture » à Dominique de Villepin qui préfère la « croissance sociale », mais enfin c'est plus affaire de sémantique que choix idéologique. En revanche, si on ajoute M. Sarkozy à M. de Villepin, si M. Juppé revient du Canada, si M. Chirac se cramponne au pouvoir, on a certes moins de monde qu'au PS où les vocations sont innombrables, mais assurément les électeurs auront l'embarras du choix.
LE NOMBRE DE CANDIDATURES TRADUIT LA SEDIMENTATION DES GENERATIONS
Pour des primaires.
Les rendez-vous électoraux précédents n'étaient peut-être pas moins peuplés. Il n'empêche qu'on devrait instituer des primaires officielles en France pour aider le peuple à y voir plus clair. Le Français moyen s'étonnera de ce qu'un pays en pleine crise économique, sociale et morale déclenche autant de vocations. Mais leur nombre ne vient pas d'une charité ou d'un mysticisme qui les amènerait à se soumettre, non sans masochisme, aux accablantes difficultés de la tâche. Il vient de la sédimentation des générations qui fait que de nouveaux appétits s'expriment tandis que les marathoniens de la politique, enfin arrivés sur les marches du pouvoir, ne veulent pas lâcher prise avant d'y avoir goûté.
Cela est vrai de tout ancien Premier ministre qui se voit nécessairement en président, de tout politicien qui bénéficie d'une forte popularité dans les sondages (Jack Lang, qui pourrait bien être candidat, Bernard Kouchner, qui ne le sera pas) et veut la traduire en nombre de suffrages, du succès personnel qu'un ministre estimera avoir remporté, des mesures que l'on prend de la durée d'une vie comparée à celle d'une carrière et de tous autres éléments qui n'ont pas un rapport très étroit avec ce que l'électeur attend de l'élu.
Il faudrait, en vérité, que tous ceux qui veulent jouer un rôle politique comprennent à la fois la nécessité et l'urgence de la réforme : le mécontentement populaire, quand il n'est pas dicté par la défense des petits privilèges, repose sur des réalités : les emplois sont rares, les salaires bas, le pouvoir d'achat rétrécit, notamment cette année à cause de l'inflation induite par les prix du pétrole, la protection sociale est de moins en moins généreuse, puisqu'il y a des sacrifices inéluctables à faire en matière de santé et de retraite. Le bon candidat, en conséquence, sera celui qui donnera de l'espoir aux gens. On n'en voit pas un à l'horizon qui soit capable d'enthousiasmer tout le monde. Pour une raison simple : on n'arrive pas novice dans ce métier et on n'est pas candidat si on n'est pas célèbre. Célèbre, en politique, cela veut dire que les électeurs connaissent les qualités mais aussi les défauts du personnage.
Pause exceptionnelle de votre newsletter
En cuisine avec le Dr Dominique Dupagne
[VIDÉO] Recette d'été : la chakchouka
Florie Sullerot, présidente de l’Isnar-IMG : « Il y a encore beaucoup de zones de flou dans cette maquette de médecine générale »
Covid : un autre virus et la génétique pourraient expliquer des différences immunitaires, selon une étude publiée dans Nature