Pelloux en première ligne

Publié le 17/01/2015
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Crédit photo : Crédit : DR et S. Toubon

Dans la profession (et ailleurs), l’homme irritait déjà terriblement avant le 7 janvier; il est manifeste que pour certains de ses contempteurs, les choses ne se sont pas arrangées depuis.

Mais voilà. Quoi que l’on puisse penser de lui, au-delà de son hypervisibilité télévisuelle ou radiophonique, Patrick Pelloux est devenu ces derniers dix jours bien plus que l’« urgentiste énervant », bien plus que le lanceur d’ « alerte canicule » (une étiquette acquise en 2003 et qui commençait à se faner), bien plus que le médecin show-biz écumant tous les plateaux-télé.

Dimanche dernier, après que les chefs d’État ont battu quelques centaines de mètres de pavé parisien, il était en toute première ligne du cortège des millions de « Je suis Charlie » de France – et contrairement à un Nicolas Sarkozy, il n’avait pas eu à jouer des coudes pour gagner cette place : l’ordre protocolaire était sauf.

Pourquoi cet incroyable rang pour le petit (en taille, il n'est pas très grand) médecin du SAMU de Paris ? Remontons, à l’envers, le fil du parcours de Patrick Pelloux.

Si le président de la République l’a pris dans ses bras, lui plutôt qu’un autre, sur le boulevard Voltaire, c’est peut-être (comme certains d’entre vous l’ont souligné sur ce site) parce que François Hollande et le Dr Pelloux se connaissent, sans doute par compassion devant ses énormes et intarissables larmes, mais surtout, évidemment, parce que Patrick Pelloux représentait l’équipe décimée de « Charlie Hebdo ».

L'anarchiste conformiste

Que fait donc alors, dans cette bande bête et méchante, un urgentiste, syndicaliste médical (cela fait bientôt 18 ans, et avec un succès certain, qu’il emmène son Association des médecins urgentistes de France –AMUF) ? Il chronique. Et que chronique-t-il ? La santé, la médecine, les médecins, la Sécu, l’hôpital, l’urgence bien sûr, les patients – les vivants et les morts. Tous ces sujets sont son prisme à lui pour observer avec acuité et irrévérence (c’est la sauce « Charlie ») la société et ses travers.

Il le fait avec son profil de libertaire atypique : « anarchiste conformiste », comme il le disait lui-même dans les colonnes du « Quotidien » il y a dix ans – portrait à (re)lire plus loin  ; aimant les paillettes mais sûrement pas l’argent ; chérissant ses amis et vouant facilement et sans gants ses ennemis aux gémonies, que ceux-ci soient médecins, syndicalistes ou journalistes.

Pour suivre la facette syndicale et militante du personnage depuis près de 20 ans, « le Quotidien » connaît un petit peu le bonhomme : son engagement, ses colères, sa forfanterie, sa gentillesse, sa fidélité, sa faconde. Il y a quelques semaines, on lui a demandé quels étaient ses « vœux » pour 2015 et ce qu’il retenait de 2014. En pleine préparation de la grève de ses troupes (sur la question du temps de travail), il nous a répondu par un discours que n’auraient pas renié ses compères de « Charlie Hebdo » mais qui sonnaient « curieux » dans les colonnes de notre journal professionnel.

« Ce qui m'a le plus marqué en 2014, nous a-t-il dit, dépasse le champ de la médecine : c'est la montée du califat en Syrie et l'installation d'un empire islamique. Pour moi, on est entré en guerre. La 3e guerre mondiale a commencé. »

Pour être honnête, on a trouvé sur le moment qu’il y allait fort dans l’emphase et qu’il sortait un peu de son rôle en se prenant pour le fantôme de Martin Luther King. On ne le pense plus. Car cette « guerre » qu’il nous décrivait n’est plus le doux délire d’un chroniqueur gauchiste. Elle le frappe en même temps qu'elle lui donne son aura. Les contradictions du Dr Pelloux ont la vie dure.

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Cliquer sur l'image pour l'agrandir (Le Quotidien du médecin, 9 juin 1999)

K. P.

Source : lequotidiendumedecin.fr