Oliver Sacks : fin du voyage pour l’homme qui savait qu’il allait mourir

- Mis à jour le 12/07/2019

Crédit photo : AFP

« Il y a un mois, je me sentais en bonne santé, en très bonne santé, même. À 81 ans, je nage toujours 1,5 km chaque jour. Mais la chance m’a abandonné. Il y a quelques semaines, j’ai appris que j’avais des métastases multiples dans le foie. » Dans un article du « New York Times » du 19 février 2015, Oliver Sacks, neurologue et écrivain, révélait ainsi la maladie qui devait l’emporter plus de 6 mois plus tard. Et c’est le « New York Times » qui a annoncé son décès survenu dimanche 30 août à 82 ans. Oliver Sacks souffrait d’une tumeur rare de l’œil – un mélanome oculaire – diagnostiquée neuf ans plus tôt. La radiothérapie et le traitement au laser l’avaient rendu aveugle de l’œil. Dans son cas, écrivait-il, les risques de métastases étaient minimes. « J’éprouve de la gratitude pour les neuf ans de bonne santé et de productivité qui m’ont été accordés depuis le premier diagnostic mais, maintenant, je dois affronter la mort », poursuivait-il.

Dans cette lettre testament, il assurait pourtant ne pas en avoir fini avec la vie : « Je dois maintenant choisir comment vivre les mois qu’il me reste. Je veux vivre de la façon la plus riche, la plus profonde, la plus prolifique qui soit », assurait-il avec lucidité.

Une famille de médecins

Né à Londres, Oliver Sacks a étudié à la prestigieuse université britannique d’Oxford avant de partir pour le Canada, puis les États-Unis. Il s’était installé en 1965 à New York, où il a enseigné, écrit et exercé en tant que neurologue jusqu’à la fin de sa vie. Élevé dans une famille de médecins – son père et ses frères étaient médecins généralistes et sa mère a été une des premières femmes chirurgiens au Royaume-Uni –, Oliver Sacks s’est fait connaître par ses récits bouleversants de patients qui ont donné lieu à des livres à succès comme « l’Éveil » (1973), « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau » (1985), « Des yeux pour entendre : voyage au pays des sourds » (1989), « Musicophilia » (2008), « l’Œil de l’esprit » (2010) ou encore « l’Odeur du si bémol : l’univers des hallucinations » (2014). Médecin et auteur prolifique, ses récits emplis d’humanité « mêlent l’art et la science, l’émotion à la raison », souligne le Pr Jean-Claude Ameisen sur France-Inter dans l’émission « Sur les épaules de Darwin » et mettent en perspective les avancées les plus récentes de la médecine et des sciences.

Dans l’hommage qu’elle lui a rendu, la ministre de la Culture Fleur Pellerin a salué le rôle de « passeur » d’Oliver Sacks qui « aura permis de démystifier des pathologies neurologiques souvent méconnues et de donner aux malades le respect qui leur était dû ».