Nucléaire et leucémies de l’enfant : une relation causale impossible à établir

Publié le 07/11/2011
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Crédit photo : DR

En 2007, des publications allemandes faisaient état d’une augmentation d’incidence des leucémies des enfants de moins de 4 ans dans un périmètre de 5 km autour des centrales nucléaires. Face aux inquiétudes suscitées par ces conclusions, un groupe de travail scientifique « pluraliste » a été mis en place à l’initiative de l’Autorité de sûreté nucléaire (www.asn.fr). Or, au regard de la complexité des problèmes, il est actuellement impossible de donner une réponse formelle à l’existence d’une relation causale même si certaines études montrent la présence d’excès possible, conclut le groupe.

Il y a une « discordance » entre ce que l’on peut lire ou entendre à ce sujet, notamment dans les médias et la réalité, constate la présidente du groupe, la pédiatre Danièle Sommelet, en rappelant que sur les 198 sites nucléaires étudiés dans 10 pays, trois excès de leucémies infantiles sont considérés comme possibles (dont La Hague) et trois excès comme des agrégats confirmés.

Les leucémies aiguës représentent 30 % des cancers de l’enfant. En France, leur incidence annuelle est de 470 nouveaux cas de 0 à 14 ans, un taux stable depuis la mise en place du registre national des hémopathies de l’enfant en 1990 ; 85 % des leucémies sont de type lymphoblastique avec un pic de fréquence de 2 à 4 ans et 15 % sont de type myéloblastique sans pic d’âge. La leucémogenèse est un processus en plusieurs étapes, indique Danièle Sommelet. « Dans la majorité des cas, le premier événement est in utero » et concernerait 1 % des nouveau-nés. Sur ces nouveau-nés manifestant un clone préleucémique caractérisé par des anomalies génétiques, 1 % évoluerait vers une leucémie sous l’effet de facteurs associant l’environnement, le rôle de gènes de prédisposition et une dysrégulation immunitaire.

L’épidémiologiste Jacqueline Clavel (INSERM) liste les différents facteurs de risque des leucémies : il y a évidemment les expositions aux radiations ionisantes à faible dose (d’origine naturelle avec le radon mais aussi médicale) et les expositions aux radiations non ionisantes (comme les lignes à haute tension). On peut également citer les facteurs infectieux (plusieurs études montrent une association négative entre les leucémies de l’enfant et un nombre élevé d’infections banales avant 1 an, ou la mise en collectivité précoce), l’exposition aux pesticides et aux hydrocarbures (comme le trafic routier) et la proximité d’installations industrielles non nucléaires (outre celles nucléaires).

L’information, une priorité.

À l’étranger comme en France, plusieurs études épidémiologiques sont en cours. Au regard des interrogations qui restent en suspens, le groupe de travail estime que ces recherches doivent être soutenues. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) entend d’ailleurs parvenir à un consensus international sur le plan méthodologique concernant ces études épidémiologiques et l’identification des caractéristiques des sites nucléaires. Enfin, l’information du public reste une des priorités : « Les citoyens ont besoin de bénéficier d’une information non biaisée, compréhensible ». C’est dans ce sens que la Direction générale de la santé et l’INCa ont inscrit au plan Cancer la création d’un nouveau groupe de travail sur l’information et la communication, « qui aura pour objectif de mieux comprendre les attentes des populations et de mieux les informer, notamment sur les cancers ».

STÉPHANIE HASENDAHL

Source : lequotidiendumedecin.fr