Neymar épisode 2 :  la chirurgie ne garantit pas toujours le succès

Par
Pr Charles Msika, membre de la Sofcot -
Publié le 30/01/2019
Neymar 2

Neymar 2
Crédit photo : AFP

On se souvient que l’International de football Neymar avait fait l’objet, au printemps dernier, d’une intervention pour sa fracture du cinquième métatarsien. Le Brésilien du PSG vient de rechuter, blessé lors d'un choc à l'occasion d'un match de Ligue 1 contre Strasbourg.

À l’époque de sa première blessure, les spéculations allaient bon train sur les délais de récupération de ce joueur compte tenu de sa valeur marchande au sein de son équipe. Il était déjà difficile de clarifier s’il s’agissait d’une fracture « aiguë » post-traumatique ou d’une fracture de fatigue. 

Chez tous les sportifs professionnels, et plus particulièrement les footballeurs, cette région anatomique est exposée à une forte concentration de contraintes mécaniques. L’apophyse styloïde de ce métatarsien est en effet la zone d’attache d’un des tendons fibulaires, crucial pour la stabilisation de la cheville en amont de ce rayon latéral de l’avant-pied. Il est d’ailleurs connu que la cheville est l’une des articulations les plus éprouvées par la pratique du football.

En présence de ce type de fracture la décision chirurgicale est souvent problématique, chez le sportif de haut niveau, en raison d’une fréquence non négligeable soit de non-consolidation, soit de re-fracture. Le caractère aléatoire, dans cette population du résultat thérapeutique, s’observe aussi bien avec le traitement orthopédique par immobilisation plâtrée qu’avec le traitement opératoire par ostéosynthèse. Ce dernier semble cependant moins entaché d’échecs que le traitement orthopédique.

Les facteurs potentiels de l'échec

C’est sans doute pour cette raison qu’au printemps dernier, l’option chirurgicale avait été privilégiée chez Neymar. Les méthodes de traitement chirurgical consistent soit en une fixation percutanée par vis (accompagnée parfois de concentrât de moelle osseuse riche en cellules souches ostéogéniques) soit en une fixation à foyer ouvert accompagnée d’une autogreffe classique, prélevée sur la crête iliaque.

Les raisons d’échec (re-fracture ou défaut de consolidation...) du traitement même opératoire ont fait l’objet d’analyses poussées ayant permis d’individualiser divers paramètres défavorables : fixation insuffisamment solide, rééducation post-opératoire trop soutenue, altération de l’environnement biologique local autour de la fracture ayant fait l’objet de l’ostéosynthèse…

Certains facteurs tiennent plus accessoirement au morphotype du pied : métatarsus adductus, courbure du métatarsien, présence d’une « bosse » sous l’apophyse styloïde du métatarsien. Tous ces paramètres retrouvés tentent d’expliquer pourquoi le succès n’est pas toujours au rendez-vous dès la première intervention.

En cas de ré-intervention, le dispositif de fixation devra être encore plus robuste et le recours à la greffe quasiment inévitable. De toute façon, il serait déraisonnable dans de telles situations d’envisager un retour sur le terrain avant deux mois et demi ou trois mois.

Au total, dans la population des sportifs professionnels, la fracture du cinquième métatarsien demeure un défi thérapeutique quelquefois incertain pour le chirurgien orthopédiste.

 

 

 

 

Pr Charles Msika, chirurgien orthopédiste, membre de la SoFCOT (Société française de chirurgie orthopédique et traumatologique).

Source : lequotidiendumedecin.fr