MSF à l’épreuve de l’action

Publié le 12/12/2011
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Médecins Sans frontières depuis sa création en 1971 a toujours pratiqué en son sein le débat et l’autoréflexion sur ses pratiques. Pour le meilleur et parfois pour le pire avec psychodrames à la clé, ruptures et départs. Pour son quarantième anniversaire, l’association humanitaire ne déroge pas à la règle. Et se livre une nouvelle fois à l’exercice de la transparence. Elle publie un ouvrage très riche sur l’action d’une ONG confrontée aux questions éthiques, au danger de la manipulation et de la récupération par les structures étatiques. Ainsi contre les idées reçues, MSF n’a pas été créée pour témoigner dans les médias et dévoiler les atteintes perpétrées partout dans le monde. Fabrice Weissman rappelle comment la première charte de l’organisation précise que ses membres s’interdiront « toute immixtion dans les affaires intérieures des États ». Le droit de témoigner sera au cœur de la première scission et entraînera le départ de Bernard Kouchner opposé à cette pratique. Les années quatre-vingt-dix marquent l’alignement de MSF sur ce qui est ici qualifié d’un internationalisme libéral. Avant de dénoncer la confusion des genres dans les années 2000. Mais les auteurs ne développent pas seulement une réflexion théorique sur le principe de réalisme, d’affrontement ou d’abstention déployé par l’organisation selon les circonstances. On y trouve un regard rétrospectif sur les principales missions de MSF déployées au cours des dernières années. A cet égard, le récit sur une guerre oubliée, celle du Sri Lanka, illustre les difficultés auxquelles a été confrontée l’ONG. Comment faire face au cynisme d’un État, à sa volonté de mener une guerre totale ? MSF accepte alors de signer une clause de confidentialité par laquelle elle s’interdit tout commentaire public. Le réalisme a un prix…

Agir à tout prix, négociations humanitaires : l’expérience de Médecins sans frontières, Éd. la Découverte, 348 p., 19 euros.

Source : Décision Santé: 280