Minorité sexuelle : des risques accrus de dépression et d’automutilation dès l’âge de 10 ans

Par
Elsa Bellanger -
Publié le 17/12/2018

Les adolescents appartenant à une minorité sexuelle, et qui se définissent comme tel à 16 ans, sont plus exposés à des risques de dépression ou d’auto-mutilation, selon une étude britannique, publiée dans The Lancet Child & Adolescent Health. Ces problèmes potentiels de santé mentale apparaissent ainsi dès le début de l'adolescence (dès l'âge de 10 ans), soit « avant l'identification consciente de l'orientation sexuelle » de ces adolescents, souligne le Dr Gemma Lewis, une des auteurs de la publication.

Quatre fois plus d’auto-mutilation

Menée auprès de 4 828 adolescents, dont 625 ont été définis comme appartenant à une minorité sexuelle, cette étude observationnelle a consisté à soumettre les adolescents à un questionnaire d’évaluation des symptômes dépressifs, le sMFQ (short Mood and Feelings Questionnaire), à différents âges entre 10 et 21 ans. « Nous savons que les symptômes de la dépression augmentent à l’adolescence, mais, chez les adolescents appartenant à une minorité sexuelle, les symptômes de la dépression augmentent plus rapidement que dans la population hétérosexuelle, et ce tout au long de leur scolarité », indique Gemma Lewis. Ces adolescents s’auto-mutileraient ainsi quatre fois plus que leurs camarades hétérosexuels. Ils sont également deux fois plus susceptibles de souffrir de dépression à 18 ans. « Ces problèmes de santé mentale persistent jusqu'au début de l'âge adulte, soit 21 ans », poursuit la chercheuse.

Selon elle, cette étude devrait aboutir à une prise de conscience des professionnels de santé ou du secteur médico-social. « Les cliniciens doivent utiliser un langage et des questions reflétant une ouverture d'esprit sur la sexualité et ne pas présumer l’hétérosexualité », insiste Gemma Lewis. L’enjeu est que ces adolescents qui prennent conscience de leur sexualité ou font leur coming out « se sentent plus acceptés par leurs pairs, enseignants et autres professionnels autour d’eux et développent une expérience plus positive au cours d’une période critique de développement social, affectif et professionnel ».


Source : lequotidiendumedecin.fr