L'oxygénothérapie est inutile après un infarctus du myocarde, selon une équipe suédoise

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 27/08/2018

L'oxygénothérapie n'apporte pas de bénéfice chez les patients ayant fait un infarctus du myocarde et présentant un niveau d'oxygène normal, selon une équipe suédoise. Leur travail a fait l'objet d'une publication dans « Circulation » et a été présenté le 26 août au congrès de l'European Society of Cardiology (ESC) à Munich.

L'essai DETO2X-AMI a inclus 6 629 patients présentant un infarctus du myocarde suspecté entre 2013 et 2015, provenant de 35 hôpitaux suédois. Au total, 3 311 ont reçu de l'oxygène et 3 318 de l'air ambiant.

Aucune différence entre les deux groupes

« Il y a un an, nous avons montré que l'oxygénothérapie ne semble pas réduire le risque de décès jusqu'à 1 an après une crise cardiaque », raconte au « Quotidien » Robin Hofmann, auteur senior de l'étude. En effet, les premiers résultats de l'étude, publiés dans le « New England Journal of Medicine », ont montré que le critère principal – taux de décès toutes causes à 1 an – n'était pas significativement différent entre les deux groupes (5 % pour les deux groupes).

Si certains experts ont appelé à un changement de pratique clinique à la suite de ces résultats, d’autres ont demandé des données supplémentaires, qui font l'objet de cette nouvelle publication : effet sur le développement de l'insuffisance cardiaque, suivi à long terme et données spécifiques sur la mortalité cardiovasculaire.

« Nous rapportons ces paramètres avec une puissance statistique adéquate et confirmons nos premiers résultats selon lesquels une oxygénothérapie de routine semble inutile pour la majorité des patients normoxémiques avec suspicion d'infarctus du myocarde », notent les auteurs.

En effet, aucune différence n'a été observée entre les deux groupes. Le pourcentage de patients hospitalisés pour insuffisance cardiaque ou décédés est d'environ 8 % pour les deux groupes. Avec un suivi à plus long terme (moyenne de 2,1 ans) : le critère composite (combinaison des décès toutes causes confondues et hospitalisations pour insuffisance cardiaque) est survenu dans 11 % des cas et le taux de décès d'origine cardiovasculaire est de 5 % environ pour les deux groupes.

Des répercussions cliniques attendues

« Nous avons montré que l'oxygénothérapie ne réduit pas le développement de l'insuffisance cardiaque, la complication la plus préoccupante des crises cardiaques », souligne Robin Hofmann.

Si l'oxygénothérapie ne semble pas apporter de bénéfice, elle ne présente pas de risque non plus. « Nos résultats suggèrent que l'effet cardiovasculaire d'un supplément en oxygène à une dose modérée pendant une période relativement courte est très limité s'il existe », soulignent les auteurs.

Ces derniers espèrent des répercussions en termes de pratique clinique. « L'utilisation en routine d'oxygène peut désormais être éliminée et les professionnels de santé peuvent se concentrer sur des mesures plus efficaces et un transport rapide vers l'hôpital », conclut Robin Hofmann.


Source : lequotidiendumedecin.fr