Lorraine, la bataille économique

Publié le 30/12/2013
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Réduire les déficits est le cheval de bataille en Lorraine, selon Claude d’Harcourt, DG de l’agence régionale de santé*. La région dispose toutefois d’atouts comme la télémédecine et le suivi des seniors à travers les réseaux. Compte rendu.

« Nous n’avons pas affaire à une seule région homogène, mais bien à plusieurs “Lorraine” », explique Claude d’Harcourt, directeur général de l’agence régionale de santé Lorraine, en guise d’introduction. Les raisons de ces disparités sont multiples. D’abord, la première cause est d’ordre géographique : la région est limitrophe de trois autres pays, la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne. Ensuite, les densités des différents départements de la région sont très hétérogènes et ont un rapport de 1 à 4 dans leur quantité : 31 habitants au kilomètre carré vivent dans la Meuse, alors que 160 habitants au kilomètre carré vivent dans la Moselle. Il en résulte des difficultés à établir des normes. Et surtout des obstacles se dressent pour les patients qui ont besoin de plus de trente minutes pour se rendre aux urgences en voiture.

Une situation organisationnelle, financière et sanitaire préoccupante

Claude d’Harcourt évoque ensuite la situation particulière de la Lorraine. Au niveau sanitaire selon lui, les indices de la mortalité prématurés ne sont pas satisfaisants, même s’ils ont depuis peu rejoint la moyenne nationale.

Au niveau financier et organisationnel, la région Lorraine n’a pas effectué les restructurations et coopérations nécessaires qui ont déjà été réalisées par d’autres régions françaises. La Lorraine est la première région en métropole pour l’ampleur de ses déficits. Elle se situe derrière la Martinique et la Guadeloupe, mais devant la Corse. En conséquence, certains établissements n’ont plus accès aux crédits et ne peuvent plus investir. Les banques ne souhaitent plus leur prêter de l’argent. Le déficit structurel est ainsi passé de 90 à 95 millions d’euros en un an, rapporté à un périmètre de 2,8 milliards. Cela concerne 32 établissements, dont 10 % d’entre eux ont plus de 3 % de déficit. Le déficit comptable avec les aides est ainsi passé de 68 millions à 60 millions.

Le nombre de lits MCO par établissement est insuffisant

Le nombre des lits MCO moyen par établissement en Lorraine est de 124 lits en Lorraine. La moyenne nationale est de 140 lits par établissement en France. Elle se situe à 180 en Alsace. Or, la taille des établissements est un facteur de performance. Par exemple, nos voisins allemands qui ont en moyenne 300 lits par établissement, dégagent un excédent de 4 milliards d’euros de leur système d’assurance maladie. En France, le déficit est estimé à 8 milliards d’euros. De plus, la Lorraine souffre aussi d’inégalités en nombre de lits, puisque par rapport aux autres territoires de la région, le territoire Metz-Nancy et Vosges bénéficie d’une suroffre hospitalière.

Atouts

Mais le constat n’est pas si sombre dans la région, selon le DG de l’ARS. Ainsi, la Lorraine a la densité la plus importante de maisons de santé pluridisciplinaires. Comment expliquer cette situation ? Tout simplement, il s’avère que cette formule est plébiscitée par les jeunes internes. Autre succès : la télémédecine. Parmi les raisons, Claude d’Harcourt évoque la qualité de la formation et le rôle des réseaux qui se trouvent sur le territoire. Leur domaine d’action est surtout axé sur la prise en charge des personnes âgées. Les pouvoirs publics ont ainsi considéré la région Lorraine comme l’une des cinq régions expérimentatrices dans le domaine des personnes âgées en risque de perte d’autonomie.

* Lors du forum organisé par Décision Santé le x/x/2013 avec le soutien institutionnel des laboratoires Roche.
Arnaud Janin

Source : Décision Santé: 294