Election présidentielle
Que les médecins les jugent contraires à l'éthique de leur profession ou à leur sensibilité personnelle, les idées de Jean-Marie Le Pen ne séduisent guère le corps médical. Tous les sondages d'opinion effectués auprès des praticiens (voir encadré) ont montré qu'ils n'étaient pas, dans leur ensemble, sensibles aux positions des extrêmes et à celle du Front national en particulier.
Ce n'est pas faute, pour le mouvement de Jean-Marie Le Pen, d'avoir tenté de rallier à ses idées cet électorat traditionnellement ancré à droite, et qui aurait pu parfois être tenté par un vote protestataire. Le pari a notamment été lancé par le Front national au lendemain du plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale de 1995. Ressenti comme une trahison par le corps médical, ce plan a provoqué une profonde rupture entre les médecins et les partis de la droite traditionnelle. Une aubaine pour le Front national qui a essayé alors de récupérer le mécontentement à son avantage. « Nous voulons être en osmose avec le milieu médical, ouvrir le dialogue avec les médecins, leur montrer qu'avec le RPR, c'est toujours la pensée unique qui est au gouvernement, mais qu'il existe une autre politique », expliquait Bruno Mégret.
A cette époque, celui qui était encore le numéro deux du Front national, a entrepris, dès les grandes grèves de 1995, une stratégie de pénétration dans les milieux socioprofessionnels. Il décide donc de réactiver le Cercle national du corps de santé qui, depuis 1989, réunit les médecins du Front national sous la houlette du Dr Jacques Lafay, conseiller municipal du 16e arrondissement de Paris. Parallèlement, la Fédération nationale entreprises modernes et libertés, constituée en vue des élections prud'homales, se dote d'une branche rassemblant tous les professionnels de santé.
Succès limité pour Force nationale santé
Très vite, les deux organisations fusionnent pour donner jour à une structure syndicale autonome, baptisée Force nationale santé et présidée par le Dr Joëlle Mélin, par ailleurs élue régionale du Front national de la région Provence - Alpes-Côte d'Azur.
Conçue comme une machine à conquérir des voix, Force national santé n'a pas rencontré, à l'évidence, le succès attendu. Revendiquant à l'époque un millier d'adhérents de diverses professions de santé répartis dans 56 départements, Force nationale santé a cherché, en vain, à deux reprises à obtenir sa représentativité syndicale pour les médecins. La première enquête des pouvoirs publics effectuée en 1997 lui reconnaissait 200 médecins adhérents dont 123 médecins généralistes et 82 médecins spécialistes, soit entre 0,1 et 0,2 % du corps médical. Ce mouvement a dû également renoncer, faute de bataillons, à se présenter aux élections aux unions régionales de médecins libéraux au printemps 2000.
Il faut dire, qu'entre-temps, la scission provoquée en 1999 par le départ de Bruno Mégret et des principaux cadres du Front national a déstabilisé, par ricochet, le syndicat. Le Dr Lafay, prédécesseur du Dr Mélin, et le Dr Bertrand Robert, l'un de ses principaux piliers, « n'ont pas choisi la fidélité au président Le Pen », regrette le Dr Joëlle Mélin. La structure syndicale est donc mise en sommeil avant d'être réactivée début 2001 avec des objectifs et des effectifs beaucoup plus modestes. De 500 à 600 professionnels graviteraient autour de Force nationale de santé qui, de l'aveu même de sa présidente, est « plus un réseau relationnel qu'un syndicat structuré », essentiellement implanté en Provence - Alpes-Côte d'Azur.
Il servirait désormais à alimenter le programme du Front national et de son candidat sur le chapitre santé. Ce qui a été fait pour la campagne présidentielle.
Le Dr Mélin reconnaît d'ailleurs la difficulté à convaincre ses confrères « qui jouent la sécurité et se persuadent qu'il y a encore quelque chose à sauver dans notre système. Ce n'est pas que nous ayons du mal à faire passer nos idées auprès des médecins. Ils les admettent, mais ils pensent pouvoir encore en faire l'économie », analyse-t-elle.
Plusieurs organisations professionnelles ne semblent pas de cet avis. Elles condamnent ouvertement depuis le premier tour (voir ci-contre) les propositions de créer des caisses d'assurance-maladie pour les étrangers ou de faire jouer la préférence nationale à l'embauche dans les hôpitaux ou dans la délivrance des diplômes.
Les médecins du comité de soutien à Jean-Marie Le Pen
Le comité national de soutien à Jean-Marie Le Pen compte la signature de vingt-trois professionnels de santé, dont cinq pharmaciens, deux dentistes (dont le Dr Jacques Bompard, maire d'Orange), une infirmière, une kinésithérapeute.
Sur les quatorze médecins signataires, plusieurs sont des élus du Front national, comme le Dr Joëlle Mélin, présidente de Force nationale santé, Jean-Jacques Susini, conseiller régional de Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'un des fondateurs de l'OAS, ou le Dr Jean-Claude Lunardelli, ancien adjoint au maire de Toulon. Il compte également plusieurs anciens médecins militaires et deux professeurs de médecine, les Prs Philippe Bret, neurochirurgien des hôpitaux de Lyon, et André Morin, chirurgien des hôpitaux de Lyon. Figure également parmi les signataires le Dr Pierre Weber, ancien maire de Nancy.
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