À Lille, Touraine a fait face aux cadres angoissés de la CSMF

Publié le 27/09/2013
Touraine à Lille

Touraine à Lille
Crédit photo : Photo Cocktail Santé

Ponctuant une semaine éprouvante (stratégie nationale de santé lundi, présentation du PLFSS jeudi), Marisol Touraine ne s’est pas dérobée en venant ce vendredi expliquer sa politique devant quelque 200 cadres inquiets de la CSMF réunis à Lille pour tout le week-end en l’Université d’été syndicale.

L’exercice était délicat pour la ministre socialiste. Dans une période troublée par les effets d’annonce (tiers payant généralisé, nouveaux parcours de soins, perspective d’accords régionaux…), les médecins confédérés réclament des garanties sur le maintien de la médecine libérale, redoutant une dérive dirigiste sous couvert de nouvelle stratégie de santé.

Un auditoire sur la défensive

Relayant le trouble des troupes, le Dr Michel Chassang, président de la CSMF, a prévenu la ministre. « Vous avez devant vous des médecins très inquiets. Nous défendons notre liberté d’entreprendre et d’installation, le libre choix, la liberté de prescription. »

Et d’énumérer une longue liste de menaces potentielles : l’élargissement des pouvoirs des ARS, le « spectre » des objectifs régionaux de dépenses, des rémunérations sortant du champ conventionnel, la marginalisation des spécialistes, bref un « danger d’étatisation » qui évoque le « funeste épisode » de la loi HPST ! Tout ceci même si, concède le Dr Chassang, « la méthode est différente » (de celle de Roselyne Bachelot) car « avec vous le dialogue est possible ».

Des réponses point par point

Marisol Touraine s’est employée à répondre, presque point par point, à ses détracteurs, sans forcément parvenir à dissiper les doutes.

Non, a-t-elle assuré, la bureaucratisation du système de soins n’est pas en marche. Hostile aux méthodes « brutales », elle continuera de privilégier la négociation et le compromis avec la profession, donne consigne aux ARS d’« écouter le terrain » dans l’adaptation régionale de la politique de santé et promet de relancer la simplification afin de diminuer les « lourdeurs administratives ». Elle confirme le « virage ambulatoire » du système de santé, reposant sur la prévention, le rôle accru du médecin traitant et des équipes de proximité éligibles aux nouveaux modes de rémunération.   

Pressée par la CSMF de concrétiser le nouveau contrat d’accès aux soins (CAS), signé par plus de 8 000 médecins éligibles, Marisol Touraine a affiché sa détermination à « lancer la phase opérationnelle ». Habile, elle a jeté une pierre dans le jardin de certaines associations de consommateurs qui, comme Que-Choisir la semaine dernière, font des « coups médiatiques pas toujours véridiques », en stigmatisant les dépassements d’honoraires avec des chiffres contestables.

Fermeté sur le tiers payant généralisé

Le partenariat CNAM/médecins devra néanmoins évoluer. Il faudra « rénover l’organisation de la négociation conventionnelle », a-t-elle annoncé, en construisant un cadre plus souple qui autorise des marges de manœuvre régionales. Et sur la programmation du tiers payant généralisé, elle s’est montrée très ferme, citant les exemples étrangers et récusant tout effet inflationniste…         

> CYRILLE DUPUIS    

Source : lequotidiendumedecin.fr