Lettre ouverte d’un généraliste en colère : l’exode médical nous guette

Publié le 05/11/2013
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Généraliste à Colmar (Haut-Rhin), le Dr Maurice Mariotte en a gros sur le cœur. Dans une lettre ouverte publiée sur le site Internet « Union républicaine » – cofondé par un industriel situé à droite de l’échiquier politique – le médecin s’en prend pêle-mêle aux journalistes, au gouvernement, au numerus clausus, aux parlementaires « donneurs de leçons », à tous ceux qui dissertent de la désertification médicale à tort et à travers.

Dans cette longue missive écrite « à 2 heures du matin, heure à laquelle [le Dr Mariotte] se couche tous les soirs pour [s]e relever à 7 heures », l’auteur expose ses humeurs et revendications, proches de celles de l’Union française pour une médecine libre (UFML, qui héberge par ailleurs la lettre depuis février 2013).

« Pensez-vous, vous les journalistes, que vous pourriez (ou voudriez) travailler plus de 15 heures par jour, au minimum à 4 500 euros [...] dans les zones sinistrées, ou à 6 000 euros actuellement en moyenne dans les villes, avec la responsabilité de la vie des patients, sans discontinuer [...], après dix ans d’études extrêmement difficiles, harassantes, épuisantes ? », interroge le généraliste.

Divorces, burn-out, suicides

Agacé de l’incitation à l’installation, le Dr Mariotte s’émeut aussi des conditions de travail délétères de la profession, façonnées par « les coups de boutoir des patients, de la CPAM, des URSSAF, des impôts et du gouvernement qui dénigre et piétine en permanence une corporation qui participe encore à la grandeur de la France ».

Divorces, burn-out, suicides, semaines de 75 heures, « l’aumône » du C à 23 euros... Par-dessus tout, demander en plus « à des médecins d’aller s’isoler médicalement et personnellement dans les endroits où aucune administration et pratiquement aucun commerce ne survivent », pour pratiquer une médecine « qui n’attire même plus les médecins roumains »...

Messieurs les politiques et journalistes, prévient le Dr Mariotte, prenez garde : « après l’exode fiscal, il y aura l’exode médical. »

 ANNE BAYLE-INIGUEZ

Source : lequotidiendumedecin.fr