Docteur Jekyll... ou Mister Hyde ?

L'esthète

Publié le 26/07/2013
villette

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Crédit photo : DR

Voici un grand médecin, psychiatre réputé. Son histoire se situe dans les années 1960. Notre homme consulte uniquement à l’hôpital en région parisienne. Fort cultivé, il apprécie les arts en général et les belles lettres en particulier. Il aime à s’entourer de marginaux de tous poils, de poètes, d’écrivains. La singularité de notre médecin ne se révèle que lorsqu’il vous convie la première fois dans son appartement situé près de l’avenue Victor Hugo.

L’éminent psychiatre s’éclipse et laisse ainsi son invité découvrir un appartement fort agréable. Tout loisir est laissé au nouveau venu de s’imprégner des lieux. Mobilier de style, peintures contemporaines et une multitude d’objets d’art se côtoient dans le plus grand raffinement. Le regard du convive finit par se poser sur une série, fort étrange, d’objets insolites et surtout d’origine indéterminée. Ce sont des boules marron, d’aspect lisse, mais chacune semble de dimensions différentes. En revanche, la matière ne correspond ni au bois à proprement parler, ni au plastique ou à tout autre composant.

Un défi pour les visiteurs

Le rituel mis en place par notre médecin esthète, oblige l’hôte à en déterminer la provenance. Le mystère de ces boules reste entier. Personne ne réussit à en trouver l’origine et chaque tentative avortée met le médecin en joie. Impossible de trouver la provenance de ces mystérieuses sphères couleur bois. Elles restent un mystère insoluble pour tous sauf évidemment pour le médecin collectionneur littéralement pris de passion pour ces boules énigmatiques.

Un visiteur réussit un jour à lever l’énigme. Il assiste, par hasard, à la livraison des fameuses boules, par un garçon boucher des Halles de la VilletteL’objet de toutes les attentions de l’éminent psychiatre se révèle être des abcès de bœufs !

L’histoire nous apprend que le médecin en transe à réception des précieuses excroissances se livre tout entier à leur transformation. Chacune d’elles est vidée, nettoyée, séchée et soigneusement polie pour être finalement cirée avant que de trouver une place de choix dans l’appartement cossu du praticien. Cet engouement quasi artistique pour la transformation d’une excroissance en bel objet d’art mystérieux nous autorise à classer ce cas dans la grande famille des excentriques esthètes.

*Le psychiatre esthète habite la page 75 du livre de Michel Dansel, « Les excentriques », Robert Laffont, janvier 2012.  

> ANNICK BERNHARDT-OLIVIERI

Source : lequotidiendumedecin.fr