« J'en ai ras-le-bol que les gens ne nous écoutent pas, a lancé un urgentiste du SAMU 93 lors de l'assemblée générale de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France lundi soir. Passons à une grève plus active, et alors peut-être que nos collègues et le gouvernement nous prendront réellement au sérieux. »
Ce médecin n'était pas le seul à réclamer un durcissement du mouvement de grève des urgentistes franciliens, qui s'est pourtant largement étendu en huit jours : lundi, près de 60 % des services de SAMU et SMUR d'Ile-de-France étaient touchés. L'assemblée générale de l'AMUHF s'est déroulée dans le calme, mais les urgentistes ont rappelé avec fermeté leurs exigences : ils veulent de l'argent « pour créer du temps médical de façon à supprimer les plages additionnelles dans les meilleurs délais ». Seuls les statuts de praticiens hospitaliers et de praticiens hospitaliers contractuels seront acceptés pour les nouveaux postes, ajoutent les grévistes, qui refusent par ailleurs la fongibilité des enveloppes (entre le rachat des jours de RTT non pris, les créations de postes, le paiement des plages additionnelles et des indemnités de sujétion), responsable, selon eux, de l'éparpillement des moyens.
Le Dr Patrick Pelloux, président de l'AMUHF, partage l'impatience de ses confrères : « Les pouvoirs publics nous demandent d'attendre, mais on a déjà trop attendu. Avec le SUH (Syndicat des urgentistes hospitaliers) , nous relançons chaque jour l'ARHIF (l'agence régionale de l'hospitalisation d'Ile-de-France, NDLR) , l'AP-HP, le ministère, mais jamais on ne nous rappelle. La situation n'est plus tolérable, on va vers un conflit de plus en plus important. »
« La province regarde Paris avec envie »
Après concertation de ses délégués régionaux, l'AMUHF a donc voté lundi l'organisation d'une journée nationale de grève des urgentistes hospitaliers le 20 mai pour soutenir le mouvement lancé le 6 mai en Ile-de-France.
Le délégué de l'AMUHF dans la région des Pays de la Loire se réjouit de cette initiative : « La province regarde Paris avec envie sans oser rentrer dans cette grève, or le déficit en créations de postes existe partout, a-t-il dit à ses confrères. On a intérêt à faire bloc tous ensemble, les régions doivent emboîter le pas à l'Ile-de-France. » En l'absence de signe de vie du cabinet de Jean-François Mattei, les urgentistes franciliens prévoient en outre d'aller manifester demain devant le ministère de la Santé.
Un message est lancé à l'ensemble des médecins hospitaliers : face aux difficultés que rencontrent les urgentistes, « l'erreur des autres spécialistes serait de croire qu'ils seront préservés », a déclaré Patrick Pelloux. « Il y a un risque que les urgences deviennent des services nantis contre qui les autres vont se liguer si nos revendications aboutissent », prévient le Dr Jean-Michel Benazeraf, secrétaire national du SUH. « Or on doit marcher tous ensemble », ajoute-t-il. Une opinion que n'a pas partagée un participant à l'AG, pour qui « le problème, c'est les chirurgiens ». « Beaucoup de chirurgiens de spécialité n'opèrent jamais la nuit et sont pourtant payés ; il faudra s'opposer à eux pour chercher les sous là où ils sont », a-t-il argumenté. Cette option-là, le Dr Pelloux s'y oppose clairement : « Il ne faut surtout pas afficher un conflit au sein de l'hôpital, c'est ce que cherchent les pouvoirs publics. Nous devons au contraire expliquer aux chirurgiens qu'on est d'accord pour faire leur boulot la nuit, mais qu'en échange, il nous faut des lits d'aval. »
La grève des urgentistes franciliens se poursuivra tant qu'aucune décision politique ne sera prise pour maintenir l'offre de soins cet été. Une offre déjà réduite depuis le début de l'année dans certains services d'urgences de province, déplore le Dr Benazeraf : « Les médecins refusent de faire plus de 48 heures par semaine. Résultat, quand ils sont au turbin, c'est l'enfer. Le danger, surtout, c'est que leur direction constate qu'ils arrivent à faire le travail à deux au lieu de trois, et refuse ensuite de créer un poste. »
La grève des urgentistes franciliens est soutenue par la Coordination médicale hospitalière (CMH, à laquelle adhèrent le SUH et l'AMUHF), le Comité national de défense de l'hôpital (CNDH), le Syndicat des médecins des hôpitaux privés (SYMHOSPRIV), le Syndicat national des médecins réanimateurs des hôpitaux publics (SNMRHP).
L'Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) est seul à émettre une réserve sur l'efficacité d'un tel mouvement. Sa présidente, le Dr Rachel Bocher, explique : « Toutes les spécialités ont besoin de postes, pas uniquement celles à gardes. Si on commence, chacun pour soi, à réclamer des postes, on n'y arrivera pas. L'hôpital ne se résume pas aux urgences. Le risque de déstabilisation interne est fort si le mouvement se poursuit. »
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