«AVOUEZ QUE c'est paradoxal de parler de santé sans toubib», s'exclame le Dr Jean-Michel Calut, porte-parole de la Coordination nationale des médecins pour la santé environnementale. Ce médecin généraliste, qui représente par ailleurs un collectif de 473 médecins du Puy-de-Dôme opposé au projet de construction d'un incinérateur sur la commune de Clermont-Ferrand, s'est tout d'abord félicité de la mise en place d'un Grenelle de l'environnement. Mais lorsqu'il s'est aperçu que le groupe de travail n° 3, chargé d' «instaurer un environnement respectueux de la santé», ne comportait pas de collège de médecins, son enthousiasme s'est terni.
Il y a bien un collège ONG, un collège Etat, un collège salariés, un collège employeurs, un collège collectivités territoriales ainsi que des personnes morales associées, mais de médecins praticiens libéraux, il n'y en a point.
«Il est vrai que le président et le vice-président du groupe de travail sont des médecins, le PrDominique Maraninchi et le PrAlain Grimfeld. Mais ce sont des modérateurs. Ils n'ont aucune mission de représentation du corps médical», renchérit le Dr Calut, qui en appelle alors, en juillet dernier, au président de la République, au Conseil national de l'Ordre et aux syndicats. «Il nous paraît évident, comme vous l'avez très justement fait observer au président de la République, qu'un collège de médecins identifié dans le groupe de travail Santé et environnement soit prévu, d'autant que cette thématique figure dans l'annexe de la loi de santé publique du 9août 2004», répond, dans une lettre, le Dr Irène Kahn-Bensaude, présidente de la section Santé publique de l'Ordre.
Les syndicats, Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) et Fédération des médecins de France (FMF), montent également au créneau, jusqu'à ce que la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, répare la bourde en proposant la création d'un «groupe miroir», début septembre. «La réactivité du ministère est notable, remarque le Dr Jean-Claude Régi, président de la FMF. Il est normal que les médecins de première ligne soient impliqués en santé environnementale. La prévention, en général, est un vaste chantier dans lequel nous sommes très en retard et qui intéresse toutes les filières médicales et paramédicales. Nous devons être les artisans de la médecine préventive.»
Sept propositions.
Les sept propositions présentées par la plate-forme du corps médical pour le Grenelle de l'environnement «ne sont pas excessives et paraissent même évidentes», juge le Dr Régi. Première proposition : «Actualiser, compléter et activer concrètement le plan national Santé-Environnement (Pnse) », plan interministériel adopté en 2004 pour cinq ans et destiné à prévenir, notamment, les pathologies d'origine environnementale. En août dernier, dans un communiqué commun, les ministères de la Santé, de l'Ecologie, du Travail et de la Recherche indiquaient déjà que dix des quarante-cinq actions prioritaires du Pnse étaient «fortement retardées». Le corps médical demande par ailleurs que le plan Cancer soit articulé avec le Pnse «en réorientant les recherches dans le domaine de la toxicogénomique et en développant la toxicologie, l'épidémiologie et la prévention environnementale».
Parmi les autres propositions, il y a celles d'instituer un moratoire concernant la construction de nouveaux incinérateurs d'ordures ménagères, de renforcer les procédures d'autorisation de mise sur le marché des produits phytosanitaires, biocides, additifs alimentaires et cosmétiques, et d'étendre l'interdiction d'utilisation des phtalates aux dispositifs médicaux.
Le septième point est toutefois celui qui tient tout particulièrement à coeur les responsables syndicaux puisqu'il s'agit de développer la médecine préventive et de renforcer la formation initiale et continue dans ce domaine. «Renforcer la formation continue des médecins dans le domaine de la médecine préventive est d'autant plus nécessaire qu'ils sont les intermédiaires indispensables à l'éducation du grand public», soulignent les représentants du corps médical. Et le Dr Pierre Lévy, secrétaire général de la Csmf, de préciser : «La prévention est un mécanisme que nous avons déjà embrayé dans le cadre de la convention médicale: le dépistage du cancer, la vaccination contre la grippe, la prévention du diabète de type II en font partie. Il est tout à fait normal que la mise en place d'une consultation de prévention puisse être évoquée au cours du Grenelle de l'environnement. Reste que les modalités de cette mise en place ne pourront être négociées qu'avec les partenaires conventionnels», ajoute-t-il.
Les sept propositions «miroirs» du corps médical devraient être reprises au sein du groupe de travail n° 3, le Dr Calut en aurait eu l'assurance. Le verdict aura lieu le 22 septembre, date à laquelle les six groupes de travail du Grenelle de l'environnement sont censés remettre leurs recommandations.
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