Les mauvais calculs font de gros enfants

Publié le 16/09/2014
bébé blédina

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En même temps que les apports énergétiques diminuaient, la prévalence de l’obésité augmentait. Y compris chez les enfants. Cherchez l’erreur… Suivez les protides.
 
Comment se fait-il que l’on ait observé, dans toutes les tranches d’âge, une augmentation de la prévalence de l’obésité alors que, dans le même temps, il était constaté une diminution des apports énergétiques en raison d’une baisse des apports lipidiques au profit d’une augmentation des apports en protides ? 
Chez les petits Anglais de 1,5 à 2,5 ans, les apports énergétiques quotidiens sont passés de 1 264 à 1 045 kcal entre 1967 et 1993 ; or, dans le même temps, le pourcentage d’énergie diminuait de 38,3 à 36,4 % pour les lipides et augmentait de 12 à 13,6 % pour les protides. En France, chez des petits de 2 ans, ces pourcentages sont passés, entre 1973 et 1986, de 36,5 à 33,6 % et de 14,5 à 16 %.
 
Étude française ELANCE
L’étude ELANCE, réalisée en France entre 1985 et 2005, a montré que seule l’augmentation de la part d’énergie liée aux protéines à 2 ans était associée à un rebond d’adiposité précoce et à une augmentation de la masse grasse. Résultats confirmés par d’autres études.
Au Danemark, il a également été montré qu’un apport élevé en protéines est associé à une augmentation des facteurs de croissance IGF-1 et à une croissance plus rapide. Ainsi, même chez des enfants bien nourris, l’augmentation des protides (en particulier en provenance des laitages) peut avoir un effet stimulant sur la croissance. Ce qui peut avoir des effets néfastes, une croissance trop rapide pouvant entraîner un surpoids et la survenue de maladies métaboliques.
ELANCE a montré une relation négative entre les apports lipidiques à 2 ans et la masse graisseuse tronculaire à 20 ans, ainsi qu’une augmentation de la leptine, ce qui suggère une résistance à cette hormone.
 
Quatre fois trop de protéines
Comme l’a montré ELANCE, à 1 an, la part d’énergie apportée par les lipides est faible (< 30 % chez de nombreux enfants alors que le lait maternel en apporte 55 %), et les apports en protéines élevés (16 %, soit environ 4 g/kg de poids, soit quatre fois les besoins).
Chez les jeunes enfants, ces protides proviennent en particulier de produits laitiers… Produits allégés en lipides, donc riches en protides. Le taux de protides est en effet de 28 % dans le lait demi-écrémé, contre 20 % dans le lait entier et 6 % dans le lait maternel.
Selon l’AFSSA*, 92 % des enfants ont des apports excessifs en protides.
Probablement dans le but de réduire le risque de surpoids, on consomme des laitages pauvres en graisses et on utilise peu d’huile d’assaisonnement. 
L’exemple du risque d’obésité et de maladies métaboliques ultérieures chez les enfants de petit poids de naissance suggère que, pour répondre aux restrictions de lipides, le métabolisme peut être reprogrammé pour faire face au déficit. Avec un risque de développer un surpoids quand, plus tard, l’alimentation devient riche en lipides.
 
Apports nécessaires en lipides
Chez les jeunes enfants, il faut des apports élevés en graisses car les besoins en énergie sont très élevés et que le système nerveux se développe très vite. L’effet protecteur de l’allaitement maternel peut s’expliquer par sa forte teneur en lipides et son faible pourcentage en protéines.
 
Répercussions néfastes
« L’alimentation des jeunes enfants est caractérisée par des apports élevés en protéines et faibles en lipides pouvant avoir des répercussion néfastes sur la croissance et sur la santé du futur adulte. À court terme, l’excès de protéines peut favoriser une croissance trop rapide en raison d’une augmentation des facteurs de croissance et, à plus long terme, le déficit en lipides peut programmer une résistance à la leptine favorisant le développement de la masse grasse », concluent M.F. Cachera et coll.
 
Dr Emmanuel de Viel
 
Cachera MF et coll. Communication au Congrès des Sociétés de pédiatrie.
 
* Devenue, en 2010, l’ANSES (Agence nationale chargée de la sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)

Source : lequotidiendumedecin.fr