Les jeunes Suisses ont un sperme de mauvaise qualité, selon une étude nationale

Par Charlène Catalifaud
Publié le 22/05/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
spermatozoides suisses

spermatozoides suisses
Crédit photo : PHANIE

Selon une étude parue dans « Andrology », 62 % des jeunes Suisses ont au moins un des trois paramètres spermatiques, que sont la quantité de spermatozoïdes, leur mobilité et leur morphologie, qui se situe en dessous des seuils de références de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Les tendances observées ces dernières décennies montrent une nette diminution de la quantité spermatique à l'échelle mondiale, indiquent au « Quotidien » Rita Rahban et Serge Nef, co-auteurs de l'étude. Notre étude est la première à avoir analysé la qualité spermatique à l'échelle de tout un pays. »

Au total, 2 523 hommes âgés de 18 à 22 ans ont participé à l'étude ; ils ont été recrutés par le biais du service militaire, obligatoire en Suisse. « Ce dispositif nous a permis d'obtenir un échantillon d'hommes d'une même tranche d'âge représentatif de la population générale », soulignent les deux auteurs.

Un cinquième des hommes ont moins de 15 millions de spermatozoïdes/ml

L'étude de la qualité du sperme, basée sur l'analyse du volume et la concentration de sperme, la mobilité des spermatozoïdes et leur morphologie, a permis de dresser plusieurs constats :
• 17 % des hommes ont une concentration inférieure à 15 millions/ml (seuil de référence établie par l'OMS sur la base des valeurs spermatiques d’hommes fertiles),
• 25 % ont moins de 40 % de spermatozoïdes mobiles,
• 43 % ont moins de 4 % de formes de spermatozoïdes normales,
• seuls 38 % ont des valeurs au-dessus des seuils de l'OMS pour les différents paramètres étudiés,
• 5 % ont des seuils inférieurs à ceux de l'OMS pour l'ensemble des paramètres,
• la concentration spermatique médiane de la population étudiée est de 47 millions de spermatozoïdes/ml ; en Europe, les concentrations vont de 41 à 67 millions selon les pays.

Une faible qualité spermatique est associée à un risque accru d’infertilité. « En dessous de 40 millions/ml, le temps pour parvenir à la conception d’un bébé augmente significativement », relèvent les auteurs.

Le tabagisme in utero, un facteur de risque important

Les jeunes hommes ont aussi été invités à répondre à un questionnaire portant notamment sur leurs antécédents médicaux et leur mode de vie. Leurs mères ont également répondu à des questions sur la période allant de la conception à la naissance des participants. Ces données ont montré que 18 % des hommes présentant une concentration spermatique inférieure à 15 millions/ml avaient été exposés in utero au tabagisme maternel (contre 11 % des hommes ayant des concentrations supérieures à 40 millions).

Par ailleurs, les auteurs ont mis en évidence, à partir des données de registres régionaux, une augmentation de l'incidence du cancer du testicule entre 1980 et 2014, qui est passée de 7,6 cas pour 100 000 à 10,4. « Nous pensons que l'environnement et le style de vie peuvent affecter in utero le développement testiculaire, ce qui peut avoir des conséquences à l'âge adulte sur la qualité spermatique ou le développement de cancer », avancent les auteurs.

Si plusieurs facteurs de risque sont suspectés, à la fois in utero et à l'âge adulte (obésité, tabagisme, perturbateurs endocriniens…), « il est nécessaire de continuer à faire de la recherche pour identifier les causes », concluent les auteurs.


Source : lequotidiendumedecin.fr