Tabac et C trachomatis sont en cause

Les GEU en augmentation en France

Publié le 12/09/2004
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AU COURS des années 1970, l'incidence des grossesses extra-utérines (GEU) dans les pays développés s'est nettement majorée passant de 100 à 175 pour 100 000 femmes âgées de 15 à 44 ans. Depuis 1985, ces chiffres se sont stabilisés et une tendance à la décroissance a été observée en Finlande, en France et au Royaume-Uni.
Deux grands facteurs de risque de GEU ont été indentifiés, suceptibles d'expliquer 66 % des cas à eux seuls : le tabagisme et les infections à Chlamydia trachomatis (pouvant se compliquer secondairement de dysfonctions tubaires et, de ce fait, de risque majoré d'implantation ectopique de l'œuf). La baisse de l'incidence survenue au cours des années 1980 à 1990 semble être en rapport avec les campagnes de dépistage des infection sexuellement transmissibles (IST). En outre, l'arrivée du VIH et les modifications des comportements sexuels qui ont suivi, pourraient elles aussi être indirectement responsables de la baisse de l'incidence des GEU. Dans ces conditions, on aurait pu s'attendre à ce que le taux diminue encore de façon régulière depuis le début des années 1990.

Un contexte de désir de grossesse.
Afin de préciser l'évolution la plus récente de l'incidence des GEU chez les femmes françaises en âge de procréer, une équipe de gynécologues français (Inserm U569, hôpital Antoine-Béclère, Clamart, et CHU de Clermont-Ferrand) a mis en place une étude à partir des registres des GEU établis dans la région Auvergne (Puy-de-Dôme et Cantal, soit un total de 750 000 habitants). « Nous avons choisi de distinguer deux entités spécifiques : les GEU en rapport avec un échec de la contraception (généralement chez les femmes porteuses d'un dispositif intra-utérin) et celles survenant dans un contexte de désir de grossesse », explique l'équipe du Pr Joël Coste (Inserm U569 et hôpital Cochin, Paris).
Entre 1992 et 2002, l'incidence annuelle des GEU dans la population étudiée est restée sensiblement constante (de 96,4 pour 100 000 femmes âgées de 15 à 44 ans en 1992 à 95,3 pour 100 000 en 2002). Durant cette même période, le taux de naissances vivantes s'est majoré (+ 10,3 %), en particulier chez les 30-34 ans (+ 27 %) et chez les 35-44 ans (+ 62,6 %).
Les chercheurs ont calculé l'incidence respective des GEU dans les deux groupes qu'ils ont choisi d'étudier.
Chez les femmes sous contraception, l'incidence des GEU a diminué chez les 25-29 ans et chez les 30-34 ans ; elle est restée stable chez les moins de 25 ans et les plus de 35 ans. Globalement, après ajustement pour l'âge, l'incidence des naissances vivantes et le taux de fertilité, les auteurs concluent à une baisse de 29 % du nombre de ces GEU.

Chez les 30-34 ans, + 53 %.
En revanche, chez les femmes désirant une grossesse, le taux annuel de GEU a augmenté de 17,1 % et c'est chez les 30-34 ans que cette majoration s'est révélée la plus importante avec 53,7 %.
« La baisse du nombre des GEU dans un contexte d'échec de la contraception pourrait s'expliquer par l'âge plus tardif des premières grossesses en France. Dans notre pays en effet, ce type de contraception n'est pas proposé aux nullipares et la mise en place des dispositifs intra-utérins est devenue, de fait, retardée », analysent les auteurs. Dans ces conditions, il paraît logique que l'incidence des GEU sous contraception ait diminué en particulier chez les femmes jeunes. Pour l'augmentation du nombre des GEU chez les femmes désirant une grossesse, les auteurs avancent qu' « après une baisse de la prévalence des infections à C. trachomatis chez les femmes françaises en âge de concevoir (- 46 % entre 1992 et 1997), on a assisté à une majoration des chiffres (+ 23 % entre 1998 et 2002). En outre, l'incidence du tabagisme chez les jeunes femmes a augmenté de façon régulière depuis les années 1970 ». Pour diminuer à l'avenir l'incidence des GEU, le Pr Coste propose de sensibiliser les femmes en âge de procréer aux méfaits du tabac (voir encadré) sur la fertilité et le devenir du fœtus.

« Human Reproduction », vol. 19, n° 9, pp. 2014-2018.

Une conférence de consensus grossesse et tabac

Afin de développer une prise de conscience et de mieux prévenir, diagnostiquer et prendre en charge les femmes fumeuses, l'Alliance contre le tabac, l'Association périnatalité prévention recherche information et les Réseaux français et européens des hôpitaux et maternités sans tabac se sont associés pour organiser une conférence de consensus qui se tiendra les 7 et 8 octobre 2004 à Lille.
Pour le Pr Michel Delcroix (Lille), organisateur de la conférence, « cette réunion permettra en même temps la dénormalisation du tabac, l'élaboration de recommandations utiles pour la mise en place de procédures efficaces, l'amélioration des conditions de sécurité de la naissance, ainsi que la préservation de toutes les potentialités de l'enfant à naître ». La conférence de consensus, qui s'inscrit dans la mesure 10 du plan Cancer « Lutter contre le tabagisme des femmes enceintes », a concrètement mobilisé près de 40 sociétés professionnelles. Les experts répondront à six questions principales : Quels sont les liens entre le tabagisme et les autres coaddictions ? Quelles sont les conséquences du tabagisme sur la grossesse et l'accouchement ? Comment prendre en charge les femmes fumeuses ? Quelles sont les conséquences du tabagisme maternel à court, moyen et long terme ? Quelle est la prise en charge optimale en cas de tabagisme maternel par les différents acteurs médicaux? Quelles sont les mesures à proposer ou à valider pour réduire le tabagisme passif ?
Renseignements au 03.28.41.14 .83 ou www.appri.asso.fr.

>Dr ISABELLE CATALA

Source : lequotidiendumedecin.fr: 7588