Les benzodiazépines à demi-vie longue associées à un risque de démence accru de 60 %

Publié le 04/12/2015
- Mis à jour le 04/12/2015

Crédit photo : S Toubon

Les personnes âgées prenant des benzodiazépines (BZD) à demi-vie longue (de plus de 20 heures) ont un risque de démence augmenté de 60 %, majoritairement de type Alzheimer. C’est ce que conclut une étude observationnelle prospective, menée par une équipe française et publiée dans la revue « Alzheimer’s and Dementia ».

Un risque soupçonné depuis plusieurs années

Depuis 2011, plusieurs études observationnelles ont suggéré un lien entre prescription prolongée de BZD et risque de survenue de la maladie d’Alzheimer, mais également une augmentation du risque de chute et de fracture chez les personnes âgées. Récemment, vu la forte consommation de ces psychotropes en France, les autorités sanitaires se sont engagées dans un plan d’action visant à limiter leur consommation.

Comparaison entre différentes formulations de benzodiazépines

Mais beaucoup de questions restent en suspens concernant la différence d’effets potentiels des BZD à demi-vie courte versus celles à demi-vie longue. Dans cette nouvelle étude, des chercheurs de l’INSERM ont tenté de mieux évaluer cette distinction chez les personnes âgées, dont 30 % en France consomme régulièrement des BZD, notent les auteurs.

L’équipe s’est intéressée aux données issues de l’étude dite « des 3 Cités » (Bordeaux, Dijon, Montpellier), portant sur plus de 8 240 personnes âgées de plus de 65 ans, suivies depuis 8 ans en moyenne. Dans cette cohorte, ils ont diagnostiqué 830 nouveaux cas de démence au cours du suivi, et ont eu accès aux informations concernant tous les médicaments consommés pendant cette période. Leurs travaux révèlent un risque accru de 60 % de démence chez les consommateurs de BZD à demi-vie longue, alors que les consommateurs de BZD à demi-vie courte ne présentaient pas de surrisque.

« C’est vraiment pour une prise prolongée, chronique que le danger existe – certains patients en prenaient sur des mois, des années, ce qui est en complète contradiction avec l’AMM d’ailleurs. Mais ce n’est pas une prise pendant quelques semaines qui donne un surrisque », précise l’auteur senior de l’étude, le Pr Christophe Tzourio, de l’université de Bordeaux, interviewé par « le Quotidien ».

Le lien de cause à effet reste à démontrer

La hausse du risque n’était explicable par aucun autre facteur : « Les auteurs ont fait des analyses statistiques en profondeur permettant d’écarter certains biais et notamment le fait que la prise de benzodiazépines ait été la conséquence de symptômes initiaux de démence », indiquent-ils. Concernant les possibles raisons de ce surrisque, le praticien précise qu’il n’existe actuellement aucune certitude, « le plus logique, c’est que l’exposition est plus longue, et peut-être plus forte aussi – c’est probablement très mécanique en termes d’exposition ».

Enfin, la relation de causalité ne peut être établie à partir de cette étude, mais « le doute est suffisant pour encourager médecins à trouver des formes alternatives pour les troubles du sommeil des personnes âgées, qui sont le motif principal de prescription de ces médicaments. Et s’il faut donner un BZD, alors leur donner un BZD à demi-vie courte », conclut le Pr Tzourio.