L’enquête sur le rôle de la vitamine D dans la démence se poursuit : faites entrer l’accusé

Publié le 15/09/2015
- Mis à jour le 12/07/2019

Crédit photo : S. TOUBON

Le « Journal of the American Medical Association (JAMA) - neurology » publie, ce 14 septembre, une étude menée par des chercheurs de l’université de Rutgers (New Jersey), dirigée par le Pr Joshua Miller, ayant pour objectif principal d’évaluer les effets de la vitamine D sur la cognition chez les personnes âgées.

Entre février 2002 et août 2010, 382 personnes de 75 ans en moyenne ont été incluses.

L’originalité de cette étude est d’avoir pris en compte l’origine ethnique des participants et donc la couleur de la peau. On sait en effet qu’une personne noire de peau développera plus facilement une carence en vitamine D, surtout dans les pays moins ensoleillés, car sa peau absorbe moins de rayons UV et donc synthétise moins de vitamine D.

L’étude a donc inclus 41 % de Blancs, 30 % d’Afro-Américains et 25 % d’Hispaniques. Les participants ont été répartis en trois groupes, selon leur niveau cognitif : 17,5 % étaient atteints de démences, 33 % de déclins cognitifs légers, 50 % étaient normaux. Leurs taux de 25-OH-Vit D (marqueur utlisé pour évaluer les carences en vitamine D) et leur niveau cognitif ont été testés une fois par an, pendant cinq ans en moyenne.

Pas d’influence selon la couleur de peau

Les résultats de cette nouvelle étude nous indiquent que le taux de 25-OH-Vit D était plus bas chez les personnes démentes que dans les deux autres groupes. Ces faibles taux en vitamine D (insuffisante ou déficitaire) impactaient sur la mémoire épisodique et les fonctions exécutives – fortement associées à la maladie d’Alzheimer. Cependant, aucun impact sur la mémoire sémantique (définitive) ni sur les facultés visuo-spatiales.

Le taux de 25-OH-Vit D était significativement plus bas chez les Afro-Américains et Hispaniques comparés aux Blancs. Cependant, il n’a pas été mis en évidence de différence sur le déclin cognitif entre les différents groupes ethniques. « Puisqu’il est possible de corriger les carences en vitamine D au travers d’une supplémentation médicamenteuse, des essais cliniques qui incluraient des populations d’origine ethnique non blanche carencées seraient utiles pour tester les effets de la supplémentation en prévention de la démence », conclut l’étude.

La vitamine D, elle est partout

On connaissait déjà l’impact de la carence en vitamine D sur le squelette. Elle entraîne une hyperparathyroïdie stimulant la production de 1,25-OH-Vit D (forme active de la vitamine D) pour maintenir une calcémie normale. Chez les personnes âgées, il n’est cependant pas indiqué de réaliser le dosage de la vitamine D, sauf en cas de suspicion d’ostéomalacie.

Depuis quelques années, les chercheurs se penchent sur l’influence de la vitamine D au niveau du cerveau, surtout depuis que des récepteurs de la vitamine D et des enzymes convertissant la 25-OH-Vit D en 1,25-OH-Vit D y ont été mis en évidence. Ainsi, pendant le développement cérébral, une carence pourrait engendrer des troubles neurologiques. De même, des taux faibles de vitamine D seraient plus fréquents chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Et ces derniers résultats confortent cette hypothèse.

Diane Damon

Source : lequotidiendumedecin.fr