Le Yémen fait face à un « effondrement total de son système de santé », selon MSF

Par Elsa Bellanger
Publié le 19/12/2018
- Mis à jour le 20/12/2018
YEMEN

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Crédit photo : AFP

Le Yémen connaît actuellement une profonde crise humanitaire. Médecins sans Frontières (MSF), qui travaille dans 12 hôpitaux et centres de santé à travers le pays et soutient le travail de 20 structures yéménites, s’inquiète ainsi des « conditions de plus en plus difficiles » de son intervention à Hodeida, depuis quelques semaines et l’intensification de « l’offensive », lancée au mois de juin par la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

« Ça bombarde tous les soirs, toutes les nuits », témoigne Caroline Seguin, responsable du programme Yémen de MSF, revenue hier d’Hodeida. « Nos équipes ont dû quitter la maison où elles dormaient, les 500 mètres qui séparaient la maison de l’hôpital étant devenus trop dangereux. » Depuis le début de l’intervention de la coalition, en mars 2015, l’ONG a par ailleurs subi 6 attaques de ses structures ou de ses véhicules, faisant 27 morts et 40 blessés.

La famine, un « outil pour la négociation »

Dans ce contexte difficile et à contre-courant des informations diffusées, l’ONG relativise le constat de préfamine. « On ne fait pas ce diagnostic. (...) La malnutrition était présente avant la guerre. Mais dans les vrais cas de famine, on voit des adultes mal nourris, des taux de mortalité qui explosent : ce n’est pas le cas aujourd’hui au Yémen » insiste Caroline Seguin. « La famine est un outil pour la négociation. Le problème est bien plus large que la distribution alimentaire : il s’agit d’un effondrement total du système économique et du système de santé. » Décrivant une « ville fantôme » dans plusieurs quartiers, des « routes coupées », des « tranchées », la responsable raconte l’appauvrissement de la population et une « économie de guerre » mise en place par les belligérants. « Une femme enceinte ne peut même plus se payer un billet de bus pour aller accoucher », déplore-t-elle.

Selon l’ONG, la situation se complique dans la ville portuaire, mais aussi autour, où l’accès aux soins requiert des heures de route. « Un blessé doit faire 8 heures de route pour se faire soigner dans un hôpital, lui-même situé en pleine zone de conflits, sous les bombardements », poursuit la responsable du programme de MSF. La situation apparaît également « dramatique dans plusieurs gouvernorats du pays, notamment à Saada, dans le nord ».

Des épidémies de choléra, de rougeole et de diphtérie

MSF connaît ainsi des problèmes de ravitaillement. « Nous ne passons pas par le port d’Hodeida, mais par celui d’Aden, puis par la route », précise Caroline Seguin. « Tous les cargos sont contrôlés par la coalition. Il faut compter un délai de 4 mois pour voir arriver le matériel. Cela demande de l’anticipation, mais c’est difficile dans un contexte d’urgence. »

Malgré ces conditions difficiles, MSF a pris en charge, depuis mars 2015 dans ses hôpitaux, plus de 90 000 blessés de guerre et plus de 970 000 patients ont été reçus en salle d’urgence. L’ONG s’inquiète des épidémies de choléra, de rougeole et de diphtérie. Depuis l’an dernier, 110 000 cas de choléra ont été traités par les équipes de MSF. « Les cas quotidiens de rougeole et de diphtérie témoignent de l’effondrement du système de santé, d’une dégradation de la situation », assure Caroline Seguin. Mais, « jusque-là, on tient bon. »

Mis à jour le 20 décembre 2018