Le virus de la fièvre de Lassa peut persister plus de 2 mois dans le sperme

Publié le 22/06/2017
lassa

lassa
Crédit photo : PHANIE

« The Journal of Infectious Diseases » (« JID ») rapportent le cas d'un infirmier américain infecté par le virus Lassa en Afrique de l'Ouest et qui a été rapatrié aux États-Unis en 2016. Dans le même temps, la revue « Clinical Infectious Disease » (« CID ») décrit le cas d'un patient traité, lui, en Allemagne, et également survivant. Ces deux cas cliniques ont permis d'estimer la persistance du virus dans le sperme. Les deux patients ont bénéficié d'un traitement expérimental.

Des rapports protégés même après la guérison

Après son rapatriement et une prise en charge dans l'unité des maladies infectieuses de l'hôpital universitaire Emory (Atlanta), l'infirmier a pu rentrer à son domicile 25 jours après. Toutefois de l'ARN viral a été isolé dans des prélèvements effectués 23 jours après sa sortie. Le patient a développé une épididymite pendant sa convalescence.

De l'ARN viral a été retrouvé dans le sperme du patient allemand, traité à l'hôpital universitaire de Francfort 64 jours après sa sortie.

La transmission du virus à l'homme s'effectue via l'exposition à des rats infectés ou à leurs déjections. La transmission d'homme à homme s'effectue par contact direct via le sang et les fluides corporels des personnes infectées. Une transmission sexuelle a été rapportée, mais jusqu'ici la durée de persistance du virus dans le sperme était inconnue. « Dans les pays à ressources limités, il y a peu de moyens de mesurer la persistance virale. Nous devons, tout comme pour le virus Ebola, informer et sensibiliser les survivants à avoir des rapports protégés même après leur guérison », indique le Dr Colleen S. Kraft, co-auteur de l'étude du CID.

Traitement expérimental

Dans les deux cas, les patients ont été traités par favipiravir, un antiviral expérimental développé au Japon dans le traitement de la grippe et également pressenti contre le virus Ebola. Ces 2 observations ne permettent pas de conclure à l'efficacité de la molécule – d'autres études cliniques sont nécessaires – mais les auteurs notent qu'aucun des deux patients n'a présenté d'effets secondaires sérieux. Par ailleurs, les deux patients ont reçu également un traitement plus classique, de la ribavirine par voie intraveineuse – un traitement peu accessible dans les pays où sévit la maladie.

Découverte en 1969, cette fièvre hémorragique virale touche entre 10 000 à 30 000 personnes chaque année en Afrique de l'Ouest. La maladie se manifeste généralement avec l'apparition insidieuse de signes non spécifiques et de symptômes incluant une fièvre, un mal de gorge, un malaise, des maux de tête, une douleur thoracique et une myalgie/arthralgie, suivis par des manifestations gastro-intestinales (vomissements, diarrhée, douleur abdominale) et, dans certains cas, une éruption cutanée. Dans les cas les plus sévères, les patients présentent un œdème du visage et du cou, un saignement (nez, bouche), une atteinte neurologique, un choc et une défaillance multiviscérale. Environ 5 000 décès sont enregistrés chaque année.

Même si ces données ne peuvent pas être généralisées à la population générale, ces deux cas cliniques montrent combien la maladie reste méconnue. Dans un éditorial associé à l'article du « JID », deux chercheurs de l'Université de Caroline du Nord, les Dr William A. Fischer et David A. Wohl soulignent combien la fièvre de Lassa reste sous-diagnostiquée et peu étudiée. L'OMS a classé, l'an dernier, la fièvre de Lassa parmi les pathogènes émergents prioritaires pour la recherche/développement.


Source : lequotidiendumedecin.fr