Le tour de magie

Publié le 26/01/2013

Alors voilà votre serviteur.
Fin de garde : mal aux jambes, au dos, peine de cœur, pas mangé, pas bu, j'ai un rhume (avec ces morveux, y'a moyen de crever 440 fois). 

J'entre box 4 : petite Lily, 4 ans, avec sa mère.
- Bonjour, je m'appelle B. Je suis interne, je vais examiner votre fille.
La mère, griffes sorties, bave aux lèvres :
- 3 heures qu'on attend ! Vous êtes des incapables ou des fainéants ? Même en Chine on n'attend pas comme ça. Et ils sont un milliard, les Chinois ! INADMISSIBLE !
Je jette mon stétho, m'écroule sur le tabouret, ferme les yeux, bouche mes oreilles, pense à mes jambes, mon dos, ma peine de cœur et dit :
- Je vois rien, j'entends rien. Je vais me lever, reculer, passer la porte, la fermer avec mon coude pour être sûr de garder mes oreilles bouchées. Je ferai six tours sur moi-même, j'ouvrirai les yeux, déboucherai mes oreilles, rouvrirai la porte. Je me présenterai, vous aussi. CORDIALEMENT. Sinon, je recommencerai. Jusqu'à avoir un sourire...

Je sors à reculons, tourne six fois sur moi-même - regard ahuris de l'équipe - puis je re-rentre dans le box :
- Bonjour, je m'appelle B., je suis interne, je vais examiner votre fille.
Et là, chose la plus charmante au monde : Lily m'applaudit, croyant que c'est un tour de magie ! Sa mère rit, s'excuse, je m'occupe de Lily, elle ira mieux, moi aussi, tout est bien...


J'adore comment les enfants sont vierges de la petite violence quotidienne des adultes, je veux dire : j'aime VRAIMENT comment les enfants sont vierges de nos petites violences.

 

Anecdote initialement publiée sur AlorsVoilà

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> Baptiste

Source : lequotidiendumedecin.fr