Le tabagisme majore le risque de SEP

Publié le 27/10/2003
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Selon des Norvégiens, les fumeurs ont une probabilité quasiment multipliée par deux de développer une SEP comparativement à des personnes qui n'ont jamais fumé. L'équipe (Trond Riise et coll., université de Bergen), qui publie ses résultats dans « Neurology », trouve que l'augmentation du risque concerne non seulement les fumeurs actuels mais aussi les anciens fumeurs.
C'est au terme de l'étude de 22 312 personnes vivant dans la région du Hordaland, en Norvège, que ces conclusions apparaissent. Les sujets étudiés étaient âgés de 40 à 47 ans au moment de l'inclusion. Un questionnaire leur a été adressé pour connaître les habitudes de chacun vis-à-vis du tabac et les diagnostics médicaux, SEP ou autres.
Le dépouillement a fait apparaître 87 cas de SEP. Les analyses de concordance ont montré que les fumeurs ont un risque multiplié par 1,81 de développer une SEP comparativement à ceux qui n'ont jamais fumé. Il existe une distinction entre les hommes et les femmes. Les premiers ont un RR de 2,75 et les deuxièmes de 1,61. L'association entre tabagisme et SEP est trouvée quelque soit le niveau socio-éducationnel des personnes.
On constate, chez les fumeurs atteint de SEP, qu'une quinzaine d'années se sont écoulées entre le début du tabagisme et l'entrée dans la maladie.
Les causes de la SEP sont inconnues. Des facteurs génétiques et environnementaux ont été invoqués, comme les solvants ou certains facteurs alimentaires, rappellent les auteurs. Une auto-immunité entre en jeu dans la physiopathologie. Gary Franklin (Seattle), dans un éditorial, rappelle que le tabagisme a été associé à d'autres maladies où une participation auto-immune est montrée, comme la polyarthrite rhumatoïde.
La relation entre tabagisme et SEP a déjà fait l'objet d'investigations. Dans la grande étude épidémiologique « Nurse's Health Study », l'association entre l'incidence de la SEP et le tabagisme avait été étudiée dans deux grandes cohortes. Sur 315 cas documentés de SEP (parmi plus de 230 000 femmes), le taux d'incidence est de 1,6 pour les fumeuses au moment de l'observation et de 1,2 pour les anciennes fumeuses après ajustement pour l'âge. Cette analyse publiée par M.A. Hernan et coll. en 2001 montre aussi que le risque relatif augmente significativement avec l'exposition cumulative au tabac, de 1,1 pour entre 1 et 9 paquets-années à 1,7 pour 25 paquets-années ou davantage.
Des effets du tabagisme sur l'immunité sont invoqués, mais aussi au niveau du fonctionnement du motoneurone et du système nerveux végétatif.

« Neurology », du 28 octobre 2003.

Dr Béatrice VUAILLE

Source : lequotidiendumedecin.fr: 7413