Le tabac des adultes fragilise le mental des enfants

Publié le 27/04/2011

Il est apparu qu’au sein d’une cohorte de près de 3 000 enfants âgés de 8 à 15 ans non fumeurs, des taux sériques élevés de cotinine sont associés à un risque augmenté de syndrome dépressif majeur, de trouble avec déficit de l’attention/hyperactivité et de conduites à risque. Et ce, y compris après ajustement selon l’âge, le sexe, l’appartenance ethnique, le niveau socio-économique, la migraine, l’asthme, la rhinite allergique, le tabagisme maternel pendant la grossesse et la charge allostatique.

La santé mentale était évaluée à l’aide de questionnaires élaborés à partir des critères du DSM-IV. Les symptômes listés devaient permettre de poser le diagnostic de différents troubles psychiatriques : syndrome dépressif majeur, anxiété généralisée, trouble panique, trouble avec déficit de l’attention/hyperactivité et conduites à risque.

Dans le travail, le taux de cotinine, qu’il soit sérique ou salivaire, est corrélé à l’existence de difficultés psychiques. Il est apparu de plus, que l’association tabagisme passif et difficultés psychologiques est plus forte parmi les garçons et au sein des sujets blancs d’origine non hispanique. Les mécanismes par lesquels l’exposition secondaire à la fumée est néfaste ne sont pas encore élucidés.

Le tabagisme parental peut être le reflet de difficultés socio-économiques. L’exposition prolongée au stress est en effet un facteur de mauvaise santé physique et mentale bien identifié. Il n’est pas exclu que le tabagisme maternel pendant la grossesse soit un facteur confondant, puisqu’il a été associé à un risque plus élevé de troubles mentaux chez les enfants. Alors que les estrogènes contrecarrent les méfaits cardio-vasculaires de la cigarette, ils pourraient s’avérer protecteurs également contre les effets sur l’équilibre psychique. Quant à l’appartenance ethnique, les différences de profil pourraient être expliquées par un métabolisme plus lent. Malgré ces quelques zones d’ombre, ces résultats réaffirment la nécessité de protéger les enfants du tabagisme passif et de renforcer l’interdiction de fumer dans les lieux publics.

« Arch Pediatr Adolesc Med » 2011;165(4):332-338. « Arch Pediatr Adolesc Med » 2011; 165(4):326-331.

Dr IRÈNE DROGOU

Source : lequotidiendumedecin.fr