Le premier clonage humain passe presque inaperçu...

Publié le 17/05/2013
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Crédit photo : PHANIE

Comme le révélait « le Quotidien du Médecin » daté du jeudi 16 mai, une équipe de chercheurs a produit pour la première fois des cellules souches embryonnaires humaines (CSEh) par le transfert d’un noyau de cellule cutanée dans un ovocyte préalablement énucléé.

Pour une meilleure compréhension de ces travaux très fondamentaux détaillés dans la revue Cell nous avons demandé à Mathilde Girard, responsable de l’équipe Modélisation pathologique iPS au sein de l’Institut I-Stem dirigé par Marc Peschanski, des précisions sur cette technique de production de cellules souches qui s’apparente en tout point au clonage humain. Les travaux ont été menés aux États-Unis par l’équipe de Shoukhrat Mitalipov (Oregon Health & Science University) qui a toute la confiance des équipes françaises.

« C’est le premier clonage humain », assure Mathilde Girard. La différence est fondamentale d’avec la production des cellules iPS. « Pour la production des iPS, reprend la chercheuse, on prend une cellule somatique, en général fibroblastique, et on la modifie en introduisant des gènes extérieurs ou transgènes, pour lui faire exprimer des gènes de pluripotence qui l'amène à ce phénomène de reprogrammation. La cellule revient en arrière à un état de cellule souche pluripotente. C’est le principe de la reprogrammation iPS. Là, c’est complètement différent. L’équipe du Dr Shoukrat Mitalipov a pris un noyau de fibroblaste et l’a introduit dans un ovocyte. Ils ont réussi à activer cet ovocyte de façon à ce qu’il prenne cela pour une fécondation et qu’il commence à fabriquer un embryon. »

C’est exactement le principe du clonage. La technique est la même que celle utilisée pour Dolly. Sauf que cela n’avait jamais été fait pour un embryon humain. « Une fois qu’ils ont obtenu un embryon qui s’est développé jusqu’au stade de blastocyste, ils ont dérivé une lignée de cellules souches embryonnaires à partir de la masse cellulaire interne qui est la technique classique pour dériver une lignée de cellules souches embryonnaires », poursuit Mathilde Girard. Il n’y aucune manipulation génétique. « C’est un clonage humain avec une dérivation de lignées de cellules souches embryonnaires humaines », insiste la généticienne. On obtient effectivement une lignée de cellules souches pluripotentes parfaitement identiques génétiquement au donneur du fibroblaste comme c’est le cas pour les iPS. Mais la technique de reprogrammation n’est absolument pas la même. » Le génome est exclusivement celui du fibroblaste puisque l’ovocyte est énucléé ; en revanche, le génome mitochondrial est celui de l’ovocyte. « C’est vraiment le principe même du clonage », réaffirme Mathilde Girard. Quant aux conclusions de l'étude qui avancent l’absence d’anomalies génétiques de ces cellules souches embryonnaires, « ils le disent mais ils ne le prouvent pas », pondère Mathilde Girard.

La prochaine étape sera de comparer les cellules iPS et les CSE obtenues par transfert nucléaire ; la comparaison des lignées entre elles permettra de savoir si les anomalies que l’on connaît des iPS sont dues à la technique de reprogrammation ou à la reprogrammation elle-même « ce qui n’est pas très naturel », précise Mathilde Girard. « S’il n’existe pas de différence fondamentales entre les deux, il est beaucoup plus facile d’obtenir techniquement et éthiquement des cellules Ips que des ES par transfert nucléaire. » Pourquoi la technique avait-elle échoué auparavant ? « C’est là que l’équipe américaine produit le plus de réponse », poursuit Mathilde Girard. Il y a une qualité particulière pour la stimulation. Le milieu de culture est spécifique, supplémenté en caféine. Il y a une façon tout aussi particulière de l’activer. Ils ont eu aussi une très bonne donneuse d’ovocytes. Si la technique est celle du clonage humain, « il semble que les embryons ne soient pas viables c’est-à-dire qu’ils ne puissent pas être réimplantés. L’objectif des chercheurs est de toute évidence thérapeutique et non reproductif ». Sauf que la technique est la même.

* Des cellules souches pour le traitement et l’étude des maladies monogéniques (I-Stem) dirigé par Marc Peschanski.

Dr ANNE TEYSSÉDOU-MAIRÉ

Source : lequotidiendumedecin.fr