LE PROJET de Mme Royal pour les retraites est significatif. Elle a refusé de dire qu'elle abolirait la réforme Fillon, mais c'est tout comme : il n'en restera rien. La candidate socialiste entend augmenter d'emblée les « petites » retraites bien qu'elle n'ait pas chiffré le coût d'une telle mesure ; elle parle d'une remise à plat du système qui permet d'imaginer qu'elle ne s'opposera pas nécessairement à une prolongation des carrières ; elle veut créer un fonds de pension public qui s'appuierait sur les 31 milliards d'euros du Fonds vieillesse créé par le gouverment Jospin. Ce fonds est alimenté par une taxe de 2 % sur tous les revenus financiers.
Lorsqu'il a lancé son Fonds vieillesse, Lionel Jospin a affirmé qu'il finirait par atteindre 1 000 milliards de francs, soit environ 150 milliards d'euros. Un peu moins d'une décennie plus tard, on en est loin (notamment parce que les taux d'intérêt ont énormément diminué entre-temps et que la taxe de 2 % rapporte moins parce que les revenus de l'épargne ont baissé).
Une disposition vertueuse.
Néanmoins, l'idée n'était pas mauvaise dans la mesure où il s'agissait d'économiser pour les vieux jours, comme le ferait un ménage. Il y avait donc de la vertu dans cette disposition. En outre, il est positif de confier la somme considérable qui se trouve dans le Fonds vieillesse à un gestionnaire public qui se livrerait à des opérations comparables aux fonds de pension privés ; certes, il existe toujours un risque dans un placement, mais il n'y a aucune raison que l'Etat ne prenne pas les risques qu'encourent les individus ou les sociétés.
Bien entendu, les retraités français ne comprendraient pas qu'on joue en Bourse leur vache à lait. De ce point de vue, Ségolène Royal amorce un virage idéologique considérable et il faut reconnaître qu'elle tend à faire une synthèse en mettant les techniques de la haute finance au service de la collectivité.
Le Fonds Jospin est cependant alimenté par l'impôt. Il est donc probable qu'une présidente Royal développerait les ressources du fonds à la fois en faisant appel à la taxe de 2 % et en plaçant une partie du capital ainsi récolté dans diverses affaires. Ce serait une technique originale mais qui ne romprait pas avec la vieille tradition de la surtaxation des revenus. Alors que la réforme Fillon s'appuie entièrement sur une augmentation de la durée des carrières, le plan Royal ne sera réalisable que par une augmentation des impôts (et pas seulement pour les retraites).
En outre, la notion de fonds pour la collectivité fait un amalgame entre impôt et épargne, deux notions que l'imagination de Mme Royal, si fertile soit-elle, ne peut mêler : le produit de l'impôt est destiné à la collectivité nationale, l'épargne appartient à son seul propriétaire. C'est tellement vrai et inéluctable que la taxe alimentant le Fonds Jospin est un prélèvement obligatoire qui ampute le revenu alors que les plans d'épargne sont perçus par les ménages comme un enrichissement. Bref, M. Fillon pourrait dire à Mme Royal : l'argent ne résout pas tous les problèmes.
Mme Royal est persuadée en tout cas, comme elle l'a fait savoir au début de sa campagne, qu'elle peut relancer l'économie en accordant aux foyers les plus pauvres des augmentations de revenus. Et qu'il est logique, dans cette démarche, de taxer davantage les ménages aux revenus plus élevés (à partir de 4 000 euros ?).
LA PHILOSOPHIE DE MME ROYAL EST CLAIRE / ELLE EST ANTILIBERALE? ELLE N'EST PAS COLLECTIVISTESon discours est parfaitement clair : il est antilibéral, il n'est pas collectiviste, il est, en quelque sorte, strauss-kahnien. De même, elle estime que la mondialisation ne comporte pas que des inconvénients (elle contribue à nos exportations), mais qu'on peut s'organiser, notamment au niveau européen, pour en atténuer les effets néfastes. Sa philosophie économique est relativement classique, mais elle n'est pas de nature à épouvanter les entreprises ou à affaiblir l'économie française. Elle ne la relancera pas non plus durablement. Elle rassure l'électorat, convaincu par la gauche que la mise en place de mesures libérales (qualificatif nécessairement précédé de la locution ultra) ne fera qu'accroître les inégalités.
Et la réforme de l'Etat ?
La vision de Mme Royal n'est pas adaptée à une conjoncture plus que médiocre. Elle va aider les PME et sans doute faire payer les entreprises du CAC 40. Elle ne réformera pas l'Etat, puisqu'elle ne s'est pas ralliée à une réduction du nombre des fonctionnaires. Il est donc peu probable qu'elle diminue les dépenses budgétaires, qu'elle ne parviendra à équilibrer qu'en augmentant les prélèvements obligatoires, lesquels représentent déjà 44,4 % de la production intérieure brute.
François Bayrou et Nicolas Sarkozy proposent au contraire une réduction des dépenses de l'Etat et donc une stabilisation ou, dans le cas de M. Sarkozy, une forte baisse des prélèvements obligatoires (quatre points en cinq ans) ; une réforme de l'Etat, qui sera moins dépensier ; une relance par la recherche et l'innovation que Mme Royal, évidemment, ne désavoue pas.
L'avantage du plan de Mme Royal, c'est qu'il soulagera – un peu – les plus pauvres, qui devraient, en bonne logique, voter pour elle ; son inconvénient, c'est qu'il est producteur de déficits et de dette, lesquels ne sont pas exactement des moteurs pour la croissance.
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