LA FIN DE L'EXERCICE budgétaire est encore loin et les finances des hôpitaux franciliens sont déjà saignées à blanc. Les déficits se creusent. A eux tous et hors Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), les établissements publics de la région estiment qu'ils auraient besoin, pour remettre leurs comptes à zéro, de quelque 180 millions d'euros. Philippe Douste-Blazy, via un plan national d'apurement des comptes annoncé en mai dernier, leur a promis une aide exceptionnelle de 90 millions d'euros (1) ; ils attendent encore que l'Agence régionale de l'hospitalisation d'Ile-de-France (Arhif) procède, au terme de la négociation de « contrats de retour à l'équilibre », à la distribution de cette manne. Celle-ci, s'engage l'Arhif, sera effective « avant la fin de l'année ». Dans l'intervalle, les hôpitaux franciliens souffrent et certains ne le font pas - ou plus - en silence. C'est le cas du centre hospitalier d'Argenteuil, dans le Val-d'Oise, 98 000 habitants qui en font la troisième ville de la région Ile-de-France.
Depuis quelques jours, à la suite des indiscrétions de l'un de ses administrateurs, cet établissement fait les gros titres de la presse et de la télévision. On l'y dit tour à tour « au bord de la faillite » ou bien « menacé de fermeture ». Même si les termes sont un peu exagérés (un hôpital public ne fait pas « faillite » et il n'est évidemment pas question que les habitants du Val-d'Oise trouvent portes closes à celui d'Argenteuil), les finances, c'est un fait, ne sont pas au mieux.
Pour un budget d'environ 136 millions d'euros, Victor-Dupouy accusera à la fin de l'année un déficit cumulé de plus de 15 millions d'euros : 7,25 millions au titre de 2003, où l'hôpital a dû pour la première fois recourir à la gymnastique du « report de charges », c'est-à-dire inscrire des dépenses de l'année au budget de l'exercice suivant : 8 millions au titre de 2004. Pourquoi ces mauvais chiffres ? D'abord parce que, depuis la fin des années quatre-vingt-dix, l'hôpital d'Argenteuil a pâti, comme tous ceux de la région, du double effet des dotations globales serrées et de la péréquation inter-régionale des crédits, l'Ile-de-France, considérée jusque-là comme « sur-dotée », se serrant la ceinture au profit des régions, comme la Bourgogne, dites « sous-dotées ». « En 2003, notre budget était ainsi en baisse de 7 % », explique Maurice Toullalan, le directeur de l'hôpital.
Activité en forte hausse.
Ensuite, parce que ce régime sec a été appliqué à un établissement dont l'activité a explosé ces dernières années : + 10 % en 2003 ; sans doute + 10 % de nouveau en 2004. En 1999, l'hôpital enregistrait 55 000 passages aux urgences ; l'an dernier, il y en a eu 63 000. De 1 700 accouchements réalisés par la maternité il y a cinq ans, on est passé à 2 700 l'an dernier et sans doute à 3 000 en 2004. Sur les sept premiers mois de cette année, les chirurgiens de l'hôpital ont opéré 8 % de malades de plus qu'en 2003 sur la même période. Spectaculaire, la hausse s'explique en partie par la fermeture des cliniques d'Argenteuil - la dernière a mis la clé sous le paillasson en décembre 2002. La rénovation il y a dix-huit mois des urgences de l'hôpital a également créé un appel d'air.
En gros, le succès de l'hôpital d'Argenteuil est donc à l'origine de ses problèmes de trésorerie actuels. Un paradoxe qui devrait disparaître en partie avec la tarification à l'activité (T2A), mais qui, pour l'heure, place l'établissement dans une situation délicate. « Si nous étions une entreprise privée, nous aurions fermé, mais nous ne le sommes pas », ironise Maurice Toullalan. En attendant de connaître le montant de l'enveloppe que l'Arhif donnera à Victor-Durouy - l'établissement a d'ores et déjà prévu de réunir à cette occasion un conseil d'administration exceptionnel -, les rumeurs courent dans les couloirs de l'hôpital : le paiement des fournisseurs de l'hôpital serait bloqué ; les salaires de décembre ne seraient pas payés aux personnels.
Une conduite vertueuse.
Député-maire (UMP) d'Argenteuil et président du conseil d'administration de l'hôpital, Georges Mothron les réfute et préfère - Philippe Douste-Blazy ayant indiqué que, pour la répartition de l'enveloppe de rebasage budgétaire, les bons gestionnaires seraient privilégiés - mettre en avant la conduite vertueuse de son établissement : « Nous ne sommes pas, insiste-t-il, parmi les plus mauvais. Nous avons fait beaucoup d'efforts de productivité, en nouant des partenariats avec l'AP-HP - ce qui n'est pas toujours évident -, mais aussi avec des cliniques privées ou des médecins libéraux. Tout cela permet des économies d'échelle non négligeables. »
Sa bonne conduite dans la balance, l'hôpital est suspendu à la décision de l'ARH. Certains la voient venir plutôt sereinement. D'autres l'attendent sans grand espoir. Colette Girard, représentante de la CGT à Victor-Dupouy, réunit demain les personnels de l'hôpital en assemblée générale. Elle, la manne de l'Arhif, elle n'y croit pas trop : « Je ne suis pas sûre que l'agence ait les 90 millions d'euros dont on parle. C'est un effet d'annonce, comme d'habitude. Ici, nous attendons des enveloppes promises depuis plus d'un an et qui ne sont toujours pas arrivées ! »
« Il y a bien pire ».
En mettant sur la place publique ses graves problèmes de trésorerie, Victor-Dupouy pourrait laisser penser que sa situation est la plus calamiteuse de toute la région. Il n'en est rien. « Argenteuil, explique Cédric Lussiez, responsable de l'Union régionale des hôpitaux d'Ile-de-France (Urhif), est dans une situation un peu plus sévère que la moyenne, mais il n'est pas une exception en Ile-de-France. Il y a bien pire... » Tout bien pesé, cet expert estime que Victor-Durouy est dans « le mauvais tiers » des hôpitaux franciliens, un groupe d'une vingtaine d'établissements ayant un besoin urgent d'oxygène et dont on sait déjà - c'est mathématique - que la moitié seulement retrouveront une bonne santé financière grâce aux millions d'euros promis par Philippe Douste-Blazy.
(1) Pour la France entière, l'enveloppe totale est de 300 millions d'euros.
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