La composition bactérienne du lait maternel très influencée par le type d'allaitement

Par Damien Coulomb
Publié le 14/02/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
tire lait

tire lait
Crédit photo : PHANIE

Autrefois considéré comme stérile, le lait maternel est désormais connu pour abriter un ensemble complexe de bactéries qui participent à la mise en place du microbiote intestinal du nouveau né. Si cette étape cruciale est perturbée, l'enfant peut connaître un sur-risque d'obésité, d'allergies et d'asthme.

Selon une étude publiée mercredi dans « Cell Host & Microbe » par l'équipe du Dr Ehsan Khafipour et du Dr Meghan Azad (institut de recherche de l'hôpital pédiatrique de Manitoba), la composition bactérienne du lait bactérienne ne dépend pas que de sources endogènes à la mère, mais est aussi fortement influencée par l'apport de sources exogènes de bactéries telles que la cavité buccale du nourrisson et les instruments utilisés pour pomper le lait maternel.

Les auteurs ont analysé la composition du lait maternel de 393 couples mère-enfant issus de la cohorte CHILD. Selon leurs observations, plusieurs facteurs semblent influencer le microbiote du lait tels que l'indice de masse corporelle, la parité et le type d'accouchement. Parmi ces facteurs, « les modalités de l'allaitement constituent un déterminant clé pour la composition du microbiote du lait maternel », affirment les chercheurs, qui notent que l'allaitement indirect, via une pompe ou un tire-lait, est associé à une diversité bactérienne plus faible et à une surreprésentation de bactéries potentiellement pathogènes.

Protéobactéries et firmicutes

En moyenne, les volontaires de l'étude ont allaité pendant 13 mois et elles ont fourni un échantillon de lait entre 3 à 4 mois après la naissance. Les échantillons étaient constitués d'un mélange de lait sécrété au début et à la fin de plusieurs lactations au cours d'une période de 24 heures. Conservés au congélateur par les participantes, les échantillons ont ensuite été collectés au bout de 24 heures Chaque femme était libre d'utiliser ou non une machine pour récupérer le lait. Les volontaires déclaraient allaiter directement leur enfant dans 42,1 % des cas, et avoir parfois recours à un tire-lait dans 57,9 % des cas. Les échantillons ont quant à eux été obtenus à l'aide d'une pompe dans 18,8 % des cas.

Le microbiote des échantillons était dominé par 2 grands groupes : les protéobactéries et les firmicutes. Les taxons les plus représentés sont les streptocoques (16 % des bactéries retrouvées) les Ralstonia (5 %) et les staphylocoques (5 %). Les auteurs indiquent une différence significative de la variété diversité du microbiote du lait en fonction du mode de collecte. Il y avait en moyenne 147 variants différents de bactéries dans chaque échantillon : 170 dans les échantillons obtenus à la main contre 130 dans les échantillons obtenus grâce à une pompe mécanique, 158 chez les femmes qui n'allaitaient que directement et 139 chez celles qui avaient parfois recours à un tire-lait.

En ce qui concerne la composition, le lait provenant de femmes qui allaitaient toujours directement était plus riche en Gemella, en Nocardioides (naturellement présentes dans la cavité orale du nouveau né) et en Vogesella. Les échantillons venant de femmes utilisant parfois un tire-lait étaient plus riches en Pseudomonas et en entérobactéries, potentiellement pathogènes, et plus pauvre en Bifidobacterium, un genre bactérien dans la présence dans le microbiote est intimement lié au développement du système immunitaire selon les chercheurs.

Pour expliquer cette différence, les auteurs avancent l'hypothèse d'un enrichissement du lait maternel, en Pseudomonas et en entérobactéries exogènes, importé dans les glandes mammaires lors du contact entre le sein et la pompe. Ces bactéries pathogènes entreraient en concurrence avec d'autres bactéries exogènes, importées lors du contact avec la cavité orale du nouveau né.

« Ces données supportent les observations récentes selon lesquelles les enfants bénéficiant d'un allaitement indirect présentent un sur-risque d'asthme », ajoutent les auteurs, pour qui cette augmentation du risque d'asthme pourrait être liée à celle du risque d'infection respiratoire.


Source : lequotidiendumedecin.fr