Journée nationale de l'eczéma : « La grande nouveauté dans le traitement des formes sévères est l'arrivée du Dupixent », estime le Dr Barbarot

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Charlène Catalifaud -
Publié le 31/05/2019

L'eczéma concerne 2,5 millions de Français. Ce samedi 1er juin une 5e journée nationale lui est dédiée, à l'initiative de l'Association française de l'eczéma. L'occasion de faire le point sur cette maladie avec le Dr Sébastien Barbarot, dermatologue au CHU de Nantes et expert de la Société française de dermatologie (SFD).

LE QUOTIDIEN : Lorsque l'on parle d'eczéma, de quoi parle-t-on exactement ?

Dr Sébastien Barbarot : Il existe plusieurs types d'eczéma : l'eczéma atopique (ou dermatite atopique), l'eczéma allergique de contact et l'eczéma chronique des mains. La dermatite atopique est la forme la plus fréquente. Il s'agit d'une maladie chronique qui touche 10 % des enfants et 4 % des adultes. L'eczéma des mains est aggravé par l'irritation, dû par exemple à des lavages de mains répétés, alors que l'eczéma de contact est dû à la présence d'allergène. Généralement, pour ces deux derniers types, les manifestations disparaissent lorsque la cause (irritation ou allergène) est supprimée.

Il est important de bien identifier le type d'eczéma afin de proposer la prise en charge adéquate. La dermatite atopique a longtemps été confondue avec une réaction allergique. Le médecin généraliste doit suivre les patients atteints de dermatite atopique modérée ou sévère avec l’aide d’un dermatologue, car la prise en charge de cette maladie chronique est complexe.

Quelle prise en charge pour la dermatite atopique ?

La prise en charge de la dermatite atopique s'appuie en premier lieu sur l'éducation thérapeutique des patients, qui doit leur permettre de bien comprendre leur maladie, mais aussi les soins et règles d'hygiène à appliquer : recourir aux émollients, ne pas prendre de douche trop chaude…

Si ces précautions ne suffisent pas, un traitement local basé sur la corticothérapie est instauré. Mais trop souvent, ce traitement est mal perçu par les patients, qui craignent notamment des effets indésirables, alors qu'ils sont rares.

Pour les cas les plus sévères, il existe des traitements systémiques.

En quoi consistent ces traitements systémiques ?

Jusqu'à peu, le seul traitement systémique bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) chez l'adulte dans les formes sévères était la ciclosporine. Néanmoins, des problèmes de tolérance ont été observés chez certains, et tous les patients n'y répondent pas. Le recours au méthotrexate, utilisé hors AMM, est également fréquent. Son délai d'action est plus long. Un projet est en cours pour valider ce traitement dans cette indication.

La grande nouveauté dans le traitement des formes sévères est l'arrivée sur le marché du premier anticorps monoclonal, le Dupixent (dupilumab). Autorisé en 2017 chez l'adulte, il est remboursé en France depuis 2018. Les patients y ont accès depuis 6 mois, en cas d'échec ou de non-réponse à la ciclosporine. Il agit en bloquant une voie inflammatoire médiée par les interleukines IL-4 et IL-13. Lorsque le Dupixent est combiné à des corticoïdes locaux, sept patients sur dix ont une très bonne amélioration de leur maladie. Il subsiste encore des patients qui ne répondent à aucun traitement, mais ils sont désormais moins nombreux.

Quelles sont les avancées attendues ?

Un autre anticorps monoclonal dirigé uniquement contre IL-13 est également étudié. Avec la famille des inhibiteurs de JAK, ils font l'objet de plusieurs études de phase III, toujours pour les formes sévères. Les premiers résultats sont attendus pour la fin de l'année, et nous espérons de nouvelles AMM d'ici 2 à 3 ans.

Les voies bloquant le prurit, comme l'anticorps anti-IL-31, sont également explorées.

Qu'en est-il du traitement de l'enfant ?

Les AMM ne concernent que les adultes. Néanmoins, une étude de phase III évaluant le Dupixent chez l'enfant de plus de 6 ans se termine et devrait déboucher sur une AMM. Mais nous avons parfois recours à des médicaments hors AMM, comme c'est souvent le cas en pédiatrie. Toutefois, les jeunes enfants sont généralement de meilleurs répondeurs au traitement local que les adultes, ce qui facilite leur prise en charge. Il est très rare de devoir recourir à des traitements systémiques chez les moins de 6 ans.


Source : lequotidiendumedecin.fr