Saint-Ouen (93)
Dr Patrick Goarin
Dernière nouveauté de la collection automne-hiver de la CPAM : il faut pour que le tiers payant soit appliqué par les pharmaciens que nous précisions en face de chaque médicament « non substituable ».
Il est exclu que j’accepte de faire « des lignes » : « Tu ne donneras pas de génériques à ton voisin, mon patient, ton copain, car ce n’est pas bien. »
Je ne suis plus à l’école primaire.
Cette décision est soit le fruit de la bêtise et du mépris pour la fonction de médecin, soit le désir de pourrir l’exercice professionnel afin que patients et médecins cèdent. Je crains que la deuxième hypothèse ne soit la bonne.
Sauf pour les anti-épileptiques et les extraits thyroïdiens, je me moque des génériques comme de mes premières gouttes nasales. Mais lorsque nous pratiquons la médecine, nous savons que la façon d’examiner puis de donner un traitement compte énormément dans le résultat.
Beaucoup de décideurs ne sont pas des praticiens. Nous ne faisons pas le même métier, nous n’avons pas la même culture mais nous nous occupons des mêmes malades.
Je préviens mes patients qui ne veulent aucun générique et les pharmaciens de mon refus à « faire des lignes ». Je précise aux patients qu’ils ont le droit de refuser les génériques et que le pharmacien n’appliquera pas le tiers payant. S’ils sont mécontents qu’ils consultent la CPAM, leurs députés, que sais-je ?
Il est évident que je continuerai de demander la substitution lorsque je le jugerai nécessaire médicalement.
Ce refus de mentionner ligne par ligne la non substitution n’est pas négociable.
Il est vraiment dommage et désolant de voir l’exercice professionnel, les relations médecin-patients-pharmaciens, pourris par de telles décisions.
Le pharmacien déconventionné [L’Assurance-maladie a déconventionné pendant un mois une pharmacie des Deux-Sèvres pour n’avoir pas suffisamment délivré de médicaments génériques, NDLR] va apprécier la fidélité des patients, certains sont tellement habitués à ne jamais payer... Qu’il garde le moral, beaucoup resteront fidèles et l’image de l’Assurance-maladie n’en sortira pas grandie.
Il est des circonstances où bien que respectueux des lois et règlements, il faut savoir dire non. « Ils ont préféré le déshonneur à la guerre et ils auront les deux » (Churchill).
Tristement votre, d’un fidèle partisan d’une assurance-maladie solidaire, équitable, correctement administrée, véritable partenaire dans la lutte contre la maladie et les souffrances de ses assurés et pour le travail dans la sérénité des professionnels de santé.
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