Insuffisance cardiaque : trop de symptômes ignorés par les Français

Par
Karelle Goutorbe -
Publié le 06/09/2018
insuffisance cardiaque

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Crédit photo : PHANIE

En quatre ans, le nombre d'insuffisants cardiaques en France a augmenté de 25 %, avec 1,5 million de personnes touchées. Une maladie qui provoque un décès toutes les 7 minutes et 70 000 morts par an. Malgré cette prévalence, les Français connaissent mal les symptômes de l'IC, selon une étude mise en place par le Groupe Insuffisance cardiaque et cardiomyopathies (GICC) de la Société française de Cardiologie. 

Retard à l'hospitalisation

5 000 Français ont été interrogés. Si la douleur dans la poitrine est bien identifiée par 72 % des sondés comme une alerte de maladie cardiovasculaire, ce n’est pas le cas des symptômes de l’IC « EPOF » : Essoufflement à l’effort (cité dans 44 % des cas), Prise de poids (6 %), Œdèmes des membres inférieurs (6 %) et Fatigue (22 %).

Qu'en est-il de la perception des patients ? Pour le savoir, le GICC a mis en place une seconde étude au printemps 2018, sur près de 1 000 patients hospitalisés pour décompensation cardiaque. Les résultats montrent que l’essoufflement est bien le premier symptôme ressenti par les patients (64 % des répondeurs), suivi par les œdèmes (26 %), la fatigue (13 %) et la prise de poids (10,5 %).

Cependant, « 30 % des patients présentaient ces symptômes depuis au moins 2 mois avant leur hospitalisation (4,6 mois en moyenne) sans que cela ait été pris en charge ; c’est énorme », constate la Dr Florence Beauvais, cardiologue à l’hôpital Lariboisière – Saint-Louis (Paris) et secrétaire du GICC. « De plus, 43 % des patients hospitalisés arrivent aux urgences car le diagnostic n’a pas été fait dans les temps. » Si les signes d’alertes de l’IC paraissent mal connus des patients, « ce n’est pas non plus la première maladie à laquelle les médecins pensent devant ces symptômes ». La pathologie est également peu nommée et expliquée au patient par le corps médical. Ainsi, « environ un tiers des patients (35 %) ne savent pas qu’ils sont hospitalisés pour IC », ajoute la cardiologue.

Mobiliser patients et soignants

Afin de remédier à l’errance diagnostique, le GICC se mobilise depuis deux ans à travers de nombreuses actions. Suite à la campagne lancée en 2017 de sensibilisation des patients sur les symptômes « EPOF », une nouvelle version du site web ainsi que l’application smartphone « Mon cœur » seront dévoilées lors des Journées françaises de l’IC les 20 et 21 septembre à Lille.

« En relais aux médecins, il faut déployer des infirmières spécialisées dans l’IC pour améliorer la prise en charge des patients », recommande le Pr Thibaud Damy, président du GICC et cardiologue à l’hôpital Henri-Mondor (Créteil). Ainsi, a été mis en place un programme de formation continue pour les infirmières libérales. « L’année prochaine, nos actions seront faites auprès des médecins généralistes, des gériatres et des pharmaciens. L’idée est de regrouper autour de l’IC, au sein du consortium SHICC (Solidarité, Handicap, Insuffisance cardiaque et cardiomyopathie), tous les professionnels de santé et les associations de patients », précise le Pr Damy.

D’après la conférence de presse du Groupe Insuffisance cardiaque et cardiomyopathies (GICC), le 5 septembre 2018.


Source : lequotidiendumedecin.fr