Immunothérapie : la double action antitumorale de l'anticorps monoclonal monalizumab

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 30/11/2018

Des chercheurs français ont mis en évidence le double intérêt d'un anticorps monoclonal : en plus de son activité antitumorale, le monalizumab semble potentialiser l'effet des autres traitements. Cette étude d'Innate Pharma est parue dans « Cell ».

« Si l'immunothérapie représente une révolution dans la prise en charge des cancers, de nombreux patients n'y sont pas sensibles », indique au « Quotidien » Éric Vivier (INSERM/CNRS/Aix-Marseille Université/Innate Pharma) qui a dirigé l'étude. Les combinaisons, qui font l'objet de nombreuses recherches, représentent ainsi un nouvel espoir.

Un inhibiteur de point de contrôle à large spectre

Le monalizumab est un anticorps dirigé contre la protéine NKG2A. Les chercheurs ont d'abord étudié son intérêt chez l'animal, en utilisant des modèles tumoraux de souris, où l'expression de HLA-E, le ligand de NKG2A, a été supprimée génétiquement. « En bloquant la voie HLA-E, nous avons mis en évidence une réponse immunitaire antitumorale », explique Éric Vivier. En d'autres termes, « le couple NKG2A-HLA-E sert de frein à une réponse immunitaire antitumorale protectrice », poursuit-il. D'où l'idée de bloquer l'interaction NKG2A-HLA-E avec un anticorps anti-NKG2A.

Des expériences sur la souris, mais aussi sur du tissu humain provenant de différents types de tumeurs, ont effectivement montré un effet antitumoral du monalizumab.

Par ailleurs, « nous avons observé que la protéine NKG2A était non seulement exprimée au niveau des lymphocytes T, mais aussi au niveau des cellules Natural Killer (NK), raconte Éric Vivier. Avec cette double action du monalizumab, émerge une nouvelle génération d'inhibiteurs de point de contrôle à large spectre ».

De plus, une partie des cellules T qui expriment NKG2A expriment aussi PD1. « Ce constat nous a incités à combiner les blocages de la voie PD/PDL1 et de la voie NKG2A », poursuit le chercheur.

Effectivement, en combinant le monalizumab au durvalumab (anti-PDL1) chez la souris, les lymphocytes T et les cellules NK étaient plus performants pour lutter contre les cellules tumorales.

Des résultats de phase II prometteurs

Une étude de phase II, également présentée dans « Cell », s'est intéressée à la combinaison monalizumab et cetuximab (un anti-EGFR). Quelque 40 patients présentant un cancer de la tête et du cou métastatique et résistant au traitement ont été inclus. « Avec cette combinaison, nous agissons à la fois sur les freins et les accélérateurs, puisque le cetuximab active la cytotoxicité des cellules NK », explique Éric Vivier.

Les résultats de cet essai ont fait l'objet d'une communication à l'ESMO en octobre, mais n'ont pas encore été publiés. « Un bénéfice clair, avec un contrôle de la maladie, a été montré pour près de 30 % des patients. C'est inédit dans cette pathologie », s'enthousiasme Éric Vivier.

Alors que l'Américain James Allison et le Japonais Tasuku Honjo recevront le prix Nobel de médecine et de physiologie le 10 décembre prochain pour leurs travaux en immunothérapie, Éric Vivier se réjouit du rôle de la France « dans cette révolution thérapeutique ».

P. André et al. 2018, Cell 175, 1–13. https://doi.org/10.1016/j.cell.2018.10.014


Source : lequotidiendumedecin.fr