Homéopathie : la charge des académies des sciences européennes qui demandent le non remboursement

Par Dr Lydia Archimède
Publié le 02/10/2017
- Mis à jour le 14/06/2019
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Crédit photo : PHANIE

« Il n'existe, pour aucune maladie, aucune preuve, scientifiquement établie et reproductible, de l'efficacité des produits homéopathiques - même s'il y a parfois un effet placebo », déclarent des chercheurs européens regroupés au sein du Conseil scientifique des Académies des sciences européennes (EASAC). 

Par cette déclaration, l'EASAC souhaite « encourager et soutenir » les décideurs de l'UE d'adopter une approche plus explicitement fondée sur des preuves pour évaluer les prétentions relatives à l'homéopathie.

Effet placebo, nocivité

Constitué des académies scientifiques nationales des États membres de l'Union européenne ainsi que de la Norvège et de la Suisse, l'EASAC s'appuie sur le travail déjà réalisé par les académies membres, en particulier l'Académie royale suédoise des sciences. « Chaque cas, pour lequel une efficacité clinique d'un produit homéopathique a été revendiquée, peut s'expliquer par l'effet placebo, une mauvaise conception de l'étude, des variations aléatoires, une régression des résultats vers la moyenne ou un biais de publication », déclare le conseil.

Certes l'effet placebo est important pour le patient mais « on ne connaît cependant aucune maladie pour laquelle l'efficacité de l'homéopathie soit établie par des preuves robustes et reproductibles », assène l'EASAC. Et d'enfoncer le clou : « Les revendications scientifiques de l'homéopathie ne sont pas plausibles et sont incompatibles avec les concepts établis de la chimie et de la physique. »

Les scientifiques européens mettent par ailleurs en garde contre un « effet nocif » potentiel, le recours à l'homéopathie « retardant la consultation d'un médecin ou dissuadant le patient de rechercher les soins médicaux appropriés, qui seront basés sur des preuves scientifiques, et en fragilisant finalement la confiance des patients et du public envers la démarche scientifique fondée sur les preuves ». Selon eux, des questions relatives au consentement éclairé du patient se posent lorsque « des praticiens prescrivent ou recommandent des produits qu'ils savent biologiquement inefficaces ». Autre préoccupation, le manque de contrôle et les problèmes potentiels de sécurité.

Exigence d'une réglementation

Les scientifiques européens insistent sur la nécessité d'un cadre réglementaire « normalisé, basé sur la connaissance scientifique et utilisant des pratiques sérieuses de publicité qui puissent s'appliquer équitablement à tous les médicaments, quelles que soient leurs origines et quels que soient leurs mécanismes d'action »

L'exigence d'une réglementation « minimale et cohérente » figure parmi leurs recommandations, l'objectif étant que les affirmations d'innocuité, de sécurité et de qualité des produits homéopathiques soient basées sur des preuves vérifiables et objectives. Des données vérifiées doivent être disponibles pour les produits destinés à la médecine humaine et à la médecine vétérinaire. 

L'EASAC demande que les produits et services homéopathiques ne soient pas remboursés « à moins que démonstration n'ait été faite, par des tests rigoureux, qu'ils étaient efficaces et sans danger ». La composition des produits homéopathiques devrait être indiquée de manière similaire à celle utilisée pour les autres produits de santé disponibles dans les pharmacies (OTC).

Concernant la commercialisation, la publicité relative à l'efficacité et à la sécurité des produits et services homéopathiques ne devrait pas être autorisée sans preuve démontrable et reproductible.


Source : lequotidiendumedecin.fr