En Italie, le président de l'Institut supérieur de la santé, démissionnaire, dénonce les positions « antiscientifiques » du gouvernement

Par
Ariel F. Dumont -
Publié le 04/01/2019

Le torchon brûle entre la communauté scientifique italienne et le gouvernement de coalition formé en juin dernier par le Mouvement 5 étoiles (M5s) et les populistes de la Ligue. Dans un entretien accordé au quotidien milanais « Il Corriere della Sera » en ce début d’année, le Dr Walter Ricciardi, ancien président de l’Institut supérieur de la santé (ISS), l’équivalent de l’Inserm, a accusé les représentants du gouvernement d’avoir adopté des positions « non scientifiques, voire carrément antiscientifiques » qui inquiètent le milieu médical transalpin. Partageant ces craintes, il a démissionné le 19 décembre dernier.

« Lorsqu’un vice-président du Conseil (Matteo Salvini, patron de la Ligue) affirme qu’en tant que père, il trouve qu’il y a trop de vaccins inutiles et dangereux, ce n’est pas une position non scientifique, c’est une prise de position antiscientifique. Il ne voit pas qu’en Italie nous appliquons les protocoles internationaux », a déclaré ce praticien spécialisé dans la médecine de prévention et de réputation mondiale.

Durant cet entretien qui a pris la forme d’une plaidoirie contre le gouvernement actuel, l’ancien président de l’ISS (1 523 salariés) a aussi évoqué la probabilité d’un ultérieur affaiblissement du système de santé avec les nouvelles coupes introduites dans le budget 2 019. Il a également souligné les déclarations du ministre de l’Environnement sur l’inutilité des usines d’incinération de déchets qualifiées de « concept obsolète ». Le Dr Ricciardi s’est aussi insurgé contre les déclarations « à l’emporte-pièce » sur les migrants porteurs de maladie, des affirmations qui s’inscrivent dans la politique anti-migratoire du gouvernement, fondées sur l’exclusion des populations d’origine notamment africaines. Enfin, il a parlé de l’impact désastreux sur la santé publique de l’adoption récente d’un dispositif assouplissant les restrictions sur le traitement des boues d’épuration, « une question pourtant décisive pour la prévention et la santé publique ».

Après la démission du Dr Ricciardi, trois autres membres de l’ISS ont décidé de rendre leur tablier, « l’indépendance scientifique de l’institut étant désormais remis en question par le gouvernement ». Face à cette prise de position sévère et craignant d’autres défections, la ministre de la Santé Giulia Grillo (M5s) a menacé les scientifiques de les traîner devant les tribunaux au prétexte qu’ils « entachent l’honneur et la réputation des institutions ». Compte tenu des relations houleuses entre le gouvernement et la communauté scientifique, trouver un nouveau président pour l’ISS ne sera pas une mince affaire pour la ministre de la Santé. 

De notre correspondante à Rome, Ariel F. Dumont

Source : lequotidiendumedecin.fr