Des médecins proches du PS lancent un appel en faveur du tiers payant généralisé

Publié le 13/01/2015
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Crédit photo : S. Toubon

Le Dr Philippe Sopena, médecin généraliste à Paris et ex-vice président de MG France, ainsi que d’autres acteurs dans la mouvance santé du Parti socialiste, lancent un long appel* à « tenir bon » sur le tiers payant généralisé (TPG),« une vraie et bonne réforme ».

Le texte diffusé aux médecins, et plus largement aux acteurs de la santé (militants associatifs, mutualistes, syndicalistes, universitaires, usagers...) risque de provoquer de vifs remous dans la profession. Il affirme que les « médecins libéraux, notamment les généralistes » dont la principale exigence est aujourd’hui le refus du TPG « se trompent de combat », et qu’ils ne doivent pas se laisser « manipuler ».

Au nom de la santé publique

« On peut penser ce qu’on veut de la valeur du C ou de la loi de santé, mais s’opposer au tiers payant généralisé, est une très mauvaise chose. Le TPG a été pris comme plus petit dénominateur commun pour fédérer les mécontentements divers, mais c’est contre-productif », commente le Dr Sopena, à l’origine de ce texte, et joint ce mardi par le « Quotidien ».

Selon la pétition, s’opposer au TPG irait à l’encontre des patients, de la santé publique, d’un mouvement de simplification du système de santé et même du « propre intérêt » des médecins, lit-on dans l’argumentaire d’une page. Toujours d’après cet appel, les usagers sont « très majoritairement favorables » au TPG tels qu’ils l’expérimentent chez le pharmacien, l’infirmière ou le kiné.

La santé publique en serait la seconde « victime » : le TPG « est une avancée indispensable pour améliorer l’accès aux soins, notamment pour les 25 % de patients qui chaque année doivent reporter ou renoncer à des soins pour des raisons financières », peut-on lire. « On sait que les généralistes voient le nombre de leurs consultations baisser de 3 à 4  % », relève le Dr Sopena.

Médecins payés rubis sur l’ongle ?

À rebours des craintes des détracteurs du tiers payant, l’appel entend démontrer que les médecins n’ont rien à perdre avec la dispense d’avance des frais, au contraire. Plus de 30 % des actes en médecine générale sont déjà réalisés sous ce régime (CMU, accidents du travail...) : « avec la Carte vitale, les professionnels de santé sont payés rubis sur l’ongle en moins de cinq jours sans paperasses ni risque d’impayés », assure la pétition, même si un observatoire du tiers payant montre une réalité très différente.

Le texte rappelle que le dispositif de tiers payant intégral sera étendu progressivement : en juillet 2015, il s’appliquera aux patients bénéficiaires de l’aide à la complémentaire santé (ACS), avant une généralisation programmée à l’horizon 2017. « Les directeurs de laboratoire (à 98 %), les radiologues (à 92 %), les chirurgiens (à 82 %), ont massivement adopté avec satisfaction » le dispositif, poursuit la lettre. « Ce n’est pas la Sécu qui a poussé à l’extension du tiers payant dans toutes les conventions depuis 1970 ! » ajoute le Dr Sopena.

Surenchère

Les généralistes, qui sont à plus de 90 % en secteur 1, sont invités à ne pas céder aux sirènes des « tenants du secteur II, qui ne veulent pas que le TPG fasse apparaître au grand jour le montant des dépassements, des patrons de cliniques privées ou des syndicats médicaux qui font de la surenchère en période électorale ».

Face à « la coalition des conservatismes », le texte apporte in fine son soutien à Marisol Touraine pour qu’elle ne « lâche rien sur cet engagement présidentiel ».

« L’idée est de recueillir un maximum de soutiens de médecins en réponse à l’attaque très forte des syndicats et de soutenir la ministre de la Santé sur cette disposition du tiers payant pour tous », décrypte le Dr Claude Pigement, ancien responsable national santé du PS, qui signera l’appel en tant que médecin gastro-entérologue.

« Les acteurs de la santé publique se sont beaucoup mobilisés. Nous avons déjà une centaine de premiers signataires. Et encore, l’appel a été diffusé à très peu de monde. Nous le lançons officiellement aujourd’hui », précise le Dr Sopena.

Marisol Touraine de son côté a promis une concertation spécifique sur la réforme du tiers payant, qui devra ouvrir de nouvelles pistes (étapes, leviers, modalités...) dès le premier trimestre 2015.

* Signatures et commentaires à « defendreletierspayant@gmail.com »

Coline Garré

Source : lequotidiendumedecin.fr