BIEN ENTENDU, l'Etat n'a pas vocation à vendre de l'électricité et il est nécessaire, que tôt ou tard, il se dégage de ce genre d'activité. Il ne doit pas davantage se laisser impressionner par les hululements de l'opposition qui considère que la compagnie d'électricité doit rester au service du peuple. EDF est, certes, une entreprise nationale, mais les syndicats se conduisent comme ses propriétaires.
Ce n'est pas pour laisser le comité d'entreprise toucher chaque année un chèque de 400 millions d'euros, dont il ne fait pas le meilleur usage, qu'EDF ne doit pas être privatisée pour l'instant.
C'est parce que la conjoncture ne se prête guère à l'exercice. La CGT et le PC ont au moins raison sur un point : le contrôle des recettes par l'Etat permet de moduler les tarifs en fonction des moyens du client. Le grand progrès n'est pas que l'électricité atteint les points les reculés du pays, il est que même les pauvres ont accès à l'électricité. De ce point de vue, on peut admettre qu'EDF joue un rôle social auquel les syndicats sont attachés.
Hausse indécente du gaz.
Or, on ne privatise pas peu ou prou sans que les prix augmentent. Toutes les lois de dérégulation du marché aux Etats-Unis ou en Europe se sont traduites par de vives hausses de prix alors que la concurrence aurait dû les faire baisser. Il n'y a pas de pire moment : le gaz a augmenté de façon indécente à la suite de la hausse des prix du pétrole et les Français sont confrontés à une forte ponction sur leur portefeuille. Pour payer l'énergie, ils se privent déjà d'autre chose. Comment pourraient-ils subir en plus une hausse du prix de l'électricté ?
Si la privatisation d'EDF est prévue depuis longtemps, le timing n'en est pas moins catastrophique. Au moment où il refuse de compenser par une taxe flottante la hausse énorme du prix de l'essence, le gouvernement donne le sentiment à ses administrés qu'il se moque de leur niveau de vie. On voit mal, d'ailleurs, comment il peut espérer une croissance en 2005 quand il consent à ce que le budget énergie des Français les prive d'autres biens de consommation.
Il en va de même pour l'ISF. Le gouvernement clame que la réformette de l'ISF est entièrement vouée à la création d'emplois. Pourquoi ? Parce qu'il exonère à 75 % les actions que le détenteur garde au moins huit ans, ce qui, effectivement, favorise la prospérité des entreprises et peut, à terme, aboutir à la création d'emplois. Mais enfin, l'objectif est lointain pour une mesure dont les gens voient surtout qu'elle favorise les détenteurs d'action (5 % de la population française). La suppression de la résidence principale dans le calcul de l'ISF eût été bien plus juste. Certes, elle n'aurait pas créé d'emploi, mais les citoyens assujettis à l'ISF ont le droit de juger inique un impôt qui fait peser une menace sur leur toit. Personne ne devrait payer un impôt de plus (que la taxe foncière et la taxe d'habitation, ce qui fait déjà beaucoup) sur sa maison ou son appartement.
L'ÉTAT N'A PAS POUR FONCTION DE VENDRE DE L'ÉLECTRICITÉ ; IL DEMEURE QU'IL N'Y AVAIT PAS DE PIRE MOMENT POUR PRIVATISER EDF
Entre deux feux.
Le gouvernement a été intransigeant. Il est pris entre deux feux ; il sait combien de votes la disparition totale de l'impôt de solidarité sur la fortune lui coûterait lors des élections ; mais il prend la décision la plus impopulaire (le seul mot d' action fait bondir la moitié des Français, et même plus) et ne prend pas la moins injuste et la moins impopulaire. C'est vraiment tout faire pour que les citoyens se fâchent. Du coup, on a l'impression que Jean-Pierre Raffarin est de retour. En dépit des promesses qu'il a faites après les manifestations du 4 octobre, Dominique de Villepin n'a établi aucune concertation avec les syndicats. EDF a provoqué un mécontentement qui se propage partout dans le pays, alors que le gouvernement pouvait au moins apporter quelques explications qui seraient fondées ; bref, chaque fois qu'il en a l'occasion, comme il l'a montré lors de la crise de la Sncm, le gouvernement déclenche un formidable tollé populaire dont il lui était relativement facile de faire l'économie.
Et avec tout ça, le gouvernement est peut-être maladroit, mais il est sincère. Il croit vraiment que l'ISF ne doit être amendé que si des assouplissements se traduisent par la création d'emplois. Tant qu'à prendre le risque d'une révolte, pourquoi n'est-il pas allé au bout de sa conviction qui est que l'ISF fait beaucoup de mal à l'économie française en dehors des 2 milliards d'euros qu'il rapporte chaque année ? Pourquoi n'avoir pas fait une campagne d'explications qui aurait précédé la suppression d'un impôt archaïque (il ne subsiste que dans quelques pays européens) ?
Pause exceptionnelle de votre newsletter
En cuisine avec le Dr Dominique Dupagne
[VIDÉO] Recette d'été : la chakchouka
Florie Sullerot, présidente de l’Isnar-IMG : « Il y a encore beaucoup de zones de flou dans cette maquette de médecine générale »
Covid : un autre virus et la génétique pourraient expliquer des différences immunitaires, selon une étude publiée dans Nature