L'ÉTUDE dirigée par Shanna Swan (université de Rochester) a été menée entre 1999 et 2005 dans cinq villes du nord des Etats-Unis. Les participants faisaient partie de l'étude multicentrique Study for Future Families, une cohorte de femmes enceintes et de leurs partenaires volontaires pour donner des informations utiles aux scientifiques sur les causes environnementales des variations de la fertilité. Shanna Swan et coll. se sont penchés sur les risques à long terme des stéroïdes anabolisants et des xénobiotiques présents dans le boeuf.
Une analyse par régression a été appliquée pour examiner la relation entre le sperme de 387 partenaires de femmes enceintes et la quantité de viande de boeuf que les mères avaient consommé pendant qu'elles étaient enceintes de ces hommes. Cela montre, pour ceux nés entre 1949 et 1983, un lien significatif entre les spermogrammes les plus pauvres en spermatozoïdes et les consommations de boeuf les plus élevées pendant la grossesse de leur mère, c'est-à-dire au moins sept repas comportant cette viande par semaine.
Le calcul est réalisé pour 387 hommes dans une cohorte de 773 qui avaient fourni des échantillons de sperme.
Une différence de 24,3 %.
Les hommes dont la mère mangeait beaucoup de viande de boeuf avaient une concentration de spermatozoïdes de 42,1 millions/mm3, tandis que ceux dont la mère était une faible consommatrice en avaient en moyenne 56,9 millions. Ce qui fait une différence de 24,3 % (p = 0,041 %). Seulement 5,7 % parmi les deuxièmes avaient un taux de spermatozoïdes inférieur au seuil de fertilité défini par l'OMS (20 millions/mm3), comparativement à 17,7 % des premiers.
Les mères, en moyenne, consommaient 4,3 repas de viande de boeuf par semaine ; seulement 15 (4 %) ont rapporté qu'elles n'en avaient pas consommé pendant leur grossesse ; 336 en ont mangé au cours de 7 repas ou moins ; et 51 ont mentionné en prendre à plus de 7 repas par semaine. Les fortes consommatrices de viande de boeuf mangeaient aussi d'autres sortes de viande.
Une forte consommation de viande de boeuf chez les femmes enceintes est susceptible d'altérer la fertilité masculine via la production de spermatozoïdes dès la période intra-utérine, particulièrement à la fin du premier trimestre, pendant la période critique du développement testiculaire. «La production de spermatozoïdes se fait en continu par la suite, mais le stade le plus important pour la qualité du sperme se déroule pendant la période foetale, explique la chercheuse. Il est important de souligner que tous les hommes de cette étude ont été capables de concevoir un enfant sans assistance médicale à la procréation. Bien que le nombre de spermatozoïdes ait été bas dans certains cas, aucun des hommes n'était en fait infertile.»
La baisse de la qualité du sperme a été reliée à la présence de stéroïdes anabolisants et autres xénobiotiques. Des hormones de croissance telles que du DES synthétique (diéthylstilbestrol) ont été utilisées aux Etats-Unis à partir de 1954 jusqu'en 1979. Mais d'autres hormones, comme l'estradiol, la testostérone, la progestérone, le zéranol, l'acétate de trenbolone et le mélengestrol, ont continué à être utilisées. Des résidus de ces produits sont présents dans la viande. La FDA a restreint leur usage de manière qu'il n'y ait pas de répercussion sur la santé humaine. Elle a défini une « dose quotidienne acceptable ». L'effet sur le sperme des garçons des dizaines d'années après l'exposition inutero n'avait pas été prévu quand ces directives ont été élaborées. En Europe, l'usage de ces hormones a été interdit après 1968. «Les preuves que les xénobiotiques affectent les foetus au-delà de ce que les analyses toxicologiques sont capables de mesurer sont en train de s'accumuler, commente Frederick von Saal dans un éditorial. Ce que l'on observe est juste la face émergée de l'iceberg et les xénobiotiques pourraient être impliqués dans d'autres soucis de fertilité.»
« Human Reproduction », 28 mars 2007.
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