CPTS, soins non programmés, télémédecine : SOS Médecins vante son « expertise » pour s'inscrire dans le paysage sanitaire

Par Martin Dumas Primbault
Publié le 16/05/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
SOS MEDECIN

SOS MEDECIN
Crédit photo : S. Toubon

« Nous voulons réaffirmer toute notre place dans le système de santé. » Par ces mots, le Dr Pierre-Henry Juan, président de SOS Médecins, résume assez bien l'état d'esprit de son association à l'approche de l'examen au Sénat du projet de loi de santé, prévu pour le 3 juin en séance.

Acteur majeur des soins non programmés en France avec environ 1 500 médecins, 6,5 millions d'appels par an et une couverture de 60 % de la population, SOS Médecins entend peser dans le débat parlementaire et trouver sa place dans l'organisation du paysage sanitaire telle que pensée dans la réforme Ma santé 2022.

Vigilance sur les soins non programmés

La structure ne veut pas rater le train des quelque 1 000 communautés professionnelles et territoriales de santé (CPTS) qui devraient se déployer d'ici à 2022 et dont l'une des missions socles « prioritaires » concerne la prise en charge des soins non programmés. « Notre activité dans ce secteur a augmenté de 38 % sur les dix dernières années », justifie le Dr Juan.

Mais le médecin lyonnais ignore encore à quelle sauce sera mangé SOS Médecins dans ces nouvelles organisations territoriales : « Dans quelle mesure pourrons-nous être présents dans ces systèmes où l'on sait qu'on a notre place de par notre expertise ? » Il pointe le fait que les CPTS sont prévues aujourd'hui pour des bassins de populations qui peuvent aller jusqu'à plus de 175 000 personnes. Or, « à Lyon, l'association SOS Médecins couvre 1,3 million de personnes », explique le Dr Juan. « Faudra-t-il nous diviser en six ? », s'interroge-t-il.

Par ailleurs, le flou reste total sur la place qui sera réservée dans les CPTS à la centaine de centres de consultations fixes animés par SOS Médecins dans les territoires.

« Attention à ne pas développer les CPTS au détriment de structures qui fonctionnent déjà bien sur la prise en charge des soins non programmés », met en garde le Dr Serge Smadja, secrétaire général de SOS Médecins. Et d'ajouter : « Nous resterons vigilants. »

La télémédecine aussi fait partie des domaines dont SOS Médecins entend bien s'emparer. « On connaît bien la téléconsultation qu'on pratique depuis longtemps au téléphone », affirme le Dr Juan, faisant référence une fois de plus à « l'expertise » des médecins régulateurs de son réseau. Sans donner plus de détails, le généraliste a annoncé le déploiement progressif d'outils de télémédecine dans les 63 associations qui composent SOS Médecins France.

Injustice

D'autres points de blocage irritent aussi les deux médecins. Sur certains territoires, les praticiens de SOS Médecins se trouvent en effet interdits de prendre en stage des internes en médecine générale. « C'est le cas avec environ un tiers des facultés », précise le Dr Smadja qui fustige une « incohérence ».

Le Dr Juan, lui, dénonce une « un manque d'équité » dans certaines cotations. Depuis le 1er janvier 2018, le médecin traitant qui obtient pour son patient un rendez-vous chez un spécialiste en moins de 48 heures bénéficie d'une majoration de 5 euros (dite le MUT). « Cette rémunération ne nous est pas accessible car nous ne sommes pas médecins traitants », regrette le praticien lyonnais. Et il ajoute : « Ce n'est pas quelques pièces que nous revendiquons mais un traitement équitable et une forme de justice. »